De fil en aiguille

Encore une histoire de job. Une triste, un peu.

Notre voisine de commerce, Michelle, vient de nous annoncer qu’elle jetait l’éponge. Après cinq années d’espoir, d’idées, de sacrifices, d’énormément de travail, elle a décidé de fermer boutique. For good, qu’elle dit. Elle semblait sereine. Elle était d’un calme olympien quand elle nous l’a annoncé. Souriante pis tute. Sa décision a été réfléchie, murie, retournée dans tous les sens. Parce que mettre un terme à un rêve tenu à bout de bras pendant aussi longtemps, ça demande BEAUCOUP de réflexion. Et de temps.

Je ne le répèterai jamais assez : être entrepreneur, c’est ultra valorisant, c’est grisant même, mais c’est aussi super duper insécurisant. À moins d’avoir choisi un domaine automatiquement rentable. Et encore. On a une cliente avocate qui, après deux ans de pratique, mange encore ses bas (c’est presque littéral). Une entreprise, ça reste toujours insécurisant à certains égards. Les comptes n’arrêtent jamais de remplir la boite à lettres. C’est la même chose qu’à la maison avec des montants multipliés par 10. Quand ça va bien, tu bûches pour que ça continue pis quand ça va mal, tu bûches pour que ça change. Esti.

Ce sont les maudits sacrifices qui n’en finissent plus qui gossent. Et la solitude. D’ailleurs, elle nous a dit que c’est ce qu’elle avait trouvé le plus difficile ces cinq dernières années. Les sacrifices et la solitude. Se retrouver seule dans sa boutique. 60% du temps. Et le fait de ne pas être capable de se payer un minimum et de profiter un tant soit peu de la vie. Elle a, fort heureusement, une copine adorable et moralement solide qui la supporte à fond depuis le début. Comme un phare qui la guide la nuit. Mais un man’né, ça ne suffit plus. Vient un temps où l’entrepreneur dévoué a besoin, comme tout le monde, d’un peu de récompense. Et quand la récompense ne vient jamais, le sourire des clients ne donne plus assez de gaz pour continuer.

On en a souvent parlé elle et moi. Sur le trottoir. Dans sa boutique. Dans notre « backstore ». Sous un soleil de plomb ou sous la pluie. Toujours avec le même degré de compréhension et d’ouverture. De l’affection même. C’est comme une collègue de travail, au fond. Pas le même domaine, mais les mêmes issues. On s’est souvent dit qu’on avait un deadline. Le mien est plus loin que le sien, évidemment, mais elle avait déjà quelques années et des poussières derrière la cravate. Chaque fois, je lui disais : « Tu pourras toujours dire que t’es allée au bout de ton idée. Tu l’as fait pis t’as tout donné. » Comme chaque entrepreneur.

Quand on nous parle de notre commerce, on nous dit souvent : « ça va bin vos affaires, c’est toujours plein! ». Et je réponds souvent qu’on est chanceux. Parce que derrière chaque entreprise, il y a évidemment beaucoup de travail et de décisions – bonnes ou mauvaises – mais il y a aussi beaucoup beaucoup de chance. Parce que chaque idée a le potentiel de fleurir. Ça dépend souvent juste du terreau. Parfois, la terre est pas fertile. T’as beau arroser, y’a rien qui va pousser.

Ce qui m’a le plus secoué de sa nouvelle, c’est la réaction de ma partner. Elle pleurait. Parce qu’on perd une voisine exceptionnelle, une fellow entrepreneure devenue amie. Pis parce qu’elle a réalisé que no matter what, c’est pas toujours toi qui décide de la finalité de ton aventure. Oui, mais non. Les circonstances le font souvent beaucoup à ta place. La réalité te rattrape et te fouette. Ça m’a bouleversé de la voir comme ça. Parce tous les jours tu pries l’Univers pour que ça finisse par rouler rondement. Mais pour certains, comme pour Michelle, malgré tous les efforts et toutes les incantations, de fil en aiguille, ça ne fonctionne pas.

Meh.

Good luck, gorgeous! You’ve done your best. You are the best. Take that well-deserved break and ENJOY life. You know, the one with money 😉

De la fonte et des hommes

Récemment, suite à quelques séances de gonflette dans un environnement hostile et douchebags oriented, j’ai eu envie d’exprimer haut et fort mes recommandations pour le gars-qui-passe-sa-vie-au-gym, le gym queen par excellence qui s’entraîne fort avant les vacances, celui un peu trop bruyant et vocal, celui qui veut qu’on sache qu’il existe et qu’il force pour la peine, celui que tout le monde a déjà croisé ici et là, au gré des poids.

En cette ère d’individualisme chronique, ode à toi, douchebag de fond de gym.

[1] Si t’es pas capable de retenir la colonne de poids de ta machine à la fin de ton exercice c’est peut-être que c’est trop lourd pour toi. En fait, c’est clairement trop lourd pour toi. Tu sais qu’un exercice bien réalisé est généralement contrôlé du début à la fin, oui? Si t’as mis le bon poids pour toi, évidemment. Pis les guides sur lesquels glissent les plaques de fonte sont un peu faits pour ne pas que tu les garoches dans tous les sens. C’est logique, il me semble. Donc, le bruit du métal qui claque quand tu les laisses nonchalamment tomber comme s’il n’y avait pas de lendemain fait sursauter tout l’monde et ça me rend généreusement agressif. C’est désagréable. C’est plate que tu ne t’en rendes pas compte et que tu continues, inlassablement. Pis tsé, c’est pas parce que tu fais beaucoup de bruit au gym que ça va te donner plus de muscles. C’est pas une cause à effet. Pis ton air suffisant suite à ton crime (oui, c’est un crime) te donne juste l’air un peu plus con. Tu comprends, dis?

[2] Tu n’es pas dans ton salon, chez tes chums ou dans un bar. Toué avec tes gym queens de bums, tu parles fort, tu ris fort, et tu le fais souvent d’un bout à l’autre de la pièce comme s’il n’y avait personne. Tu déranges tout l’monde et ce que tu dis est pas intéressant pour personne. Pas du tout, en fait. T’es même pas drôle. Et c’est pas parce que tu ris ridiculement fort que ça le devient. BAISSE LE TON.

[3] Prendre trois serviettes pour réserver trois machines et/ou bancs simultanément pendant tu fais TON programme est l’antithèse du partage et de la vie en communauté. Faire de l’attitude parce qu’un confrère outrepasse ton planning de marde rend ton comportement un brin plus ridicule. C’est toi qui es dans le tort, sache-le. Offre gentiment de partager l’espace-qui-appartient-à-tout-le-monde pis tute va bien aller. Si au moins il y avait chez toi l’ombre d’un changement corporel depuis le temps que tu gosses – tu dois être là TOUS les fucking jours – ça pourrait être un peu (je dis bien UN PEU) acceptable. Mais non, tu ne changes pas, ce ne l’est donc pas.

[4] Une ceinture lombaire aide à la performance, à réduire la tension sur la colonne vertébrale et à améliorer les mouvements pour ceux qui lèvent BEAUCOUP de poids. Ceux qui s’adonnent à l’haltérophilie, en l’occurence, pas à la gonflette d’apparat comme toi. À la quantité de poids que tu NE mets PAS sur ta barre, elle n’est peut-être pas nécessaire. À moins que tu ne souhaites que l’on constate ton égo démesuré. Tu connais le complexe de Napoléon? Va lire là-dessus, c’est intéressant. À voir ta shape qui ne change pas d’un iota, toi qui s’entraînes jour après jour, c’est d’un entraîneur dont t’as besoin, pas d’une ceinture lombaire. Pis si t’as des problèmes de dos, un physio pourrait t’être vraiment utile. Une pause de gym aussi.

[5] Apprends à communiquer avec des mots et des phrases complètes. Si je te pose une question simple comme « est-ce qu’on peut alterner? », tu peux répondre simplement sans me dévisager ou me donner l’impression que j’ai tué ta mère. Tu peux dire « oui » ou « non » dans la langue de ton choix. Ça demeure une réponse acceptable, même sans verbe et complément. Un grognement n’est pas une phrase et un air bête n’est pas une réponse. Aussi, ENLÈVE tes écouteurs quand quelqu’un te parle au lieu de faire répéter trois fois et de faire passer ton interlocuteur pour l’idiot du village. L’idiot de la planète, c’est toi et t’es pas poli.

[6] Faire douze séries sur la même machine, à l’heure de pointe, c’est pas super. J’ai envie de l’utiliser moi aussi. Raisonnablement. Un peu. Pour un programme NORMAL. Oui, j’ai vu, il y en a deux autres similaires plus loin, mais c’est « la tienne » que je veux. Je l’aime, elle. Si tu veux, toi et tes interminables séries de programme-pas-de-bon-sens, monopolise-les, les autres machines. Pendant que tu gosses là-bas, moi pis mes amis-qui-poussent-de-la-fonte-en-commaunauté-de-partage, on va pouvoir continuer notre entraînement et faire autre chose de notre vie rapidement.

[7] Change d’air, esti. T’as l’air bête et ridiculement au-dessus de tes affaires. T’es au gym, pas en commission parlementaire. Ton air de bœuf ne te rend pas plus viril. T’as juste l’air suffisant et c’est pas une qualité.

[8] Tu ne paies pas plus cher que moi, on est sur le même pied d’égalité, BEHAVE.

[9] Je veux PAS être ton ami, ok?

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À bien y penser, les points 1, 2, 3, 5, 7 et 8 peuvent aussi s’appliquer aux usagers de la STM. Avec légère modification.

Heureux d’un printemps

J’ai couru 8km hier. Une première course depuis septembre. Faisait beau, plus chaud que les 18 dernières semaines, j’avais le vent dans les jambes. Après une semaine de déluge glacial (avouez qu’on ne pensait ne jamais s’en sortir), ça m’a fait le plus grand bien, même hangover, tsé. Courir, comme faire du vélo la nuit, c’est un de mes moments préférés pour décrocher et mettre mes idées en place. Here we go again.

J’ai ressenti, depuis quelque temps, un intense besoin de vivre (ou de vivre dans le déni, c’est selon). Une rage qui m’empêchait de me cloîtrer chez moi les fins de semaine. J’avais besoin de sortir, même seul. Pour voir du monde. Pour me faire regarder. Me sentir vivant et séduisant. Penser à autre chose. Oublier le quotidien un peu. Les problèmes et l’absence de solutions, parfois. Juste prendre une bouffée de vie. J’ai donc convenu avec moi-même que j’avais le droit de faire tout ça pour ces raisons-là. Au nom d’un certain équilibre mental.

Pas nécessairement, mais plus souvent qu’autrement, j’ai opté pour des lieux de mauvaise vie. Pour m’enivrer un peu. Parce que l’effet de l’alcool sur l’âme, sur le coup, c’est agréable. Ça allège. Ça soulage. Ça banalise. Malgré la tête lourde et les bouffées de chaleur du lendemain. Puis, l’heure de fermeture arrivée, je rentrais chez moi seul, de préférence. Toujours debout, avec la majorité de mes facultés, juste pas assez pour conduire la voiture que je n’ai pas. Le taxi est une invention formidable dans ces circonstances. Même pas besoin de parler, juste de payer. Supercalifragilistique.

Je ne suis pas nécessairement sorti pour rencontrer. Peut-être qu’il y a eu, au fond de mon coeur, une petite lueur d’espoir, mais pas tant. Pourquoi, de toute façon, aurais-je voulu faire entrer quelqu’un dans ma vie un peu désordonnée de l’hiver qui vient de fondre et ne pas être capable de lui offrir ce qu’il mérite de mieux et moi-même en profiter? Quand j’ai eu envie d’affection, j’ai su où aller en chercher. J’avais juste envie de sentir qu’il y avait quelqu’un pas loin, que je n’étais pas seul, sans baiser. Il y a parfois eu plus, mais pour pas tant de fun et d’agrément, finalement. J’aime pas trop les one nights. Je n’avais souvent pas envie de ça, avec ces gars-là, à ces moments-là. J’avais un mini doute, j’ai tout de même procédé, mais j’aurais dû m’abstenir. En fait, j’ai envie que le vrai prochain, peu importe quand, qu’il soit là pour les bonnes raisons et que ce soit fait un peu fait de la bonne façon. Mettons que si je pouvais NE PAS le rencontrer sur Tinder, METTONS, ça pourrait être amusant. Je ne ferme aucune porte, cependant.

Donc, comme mentionné dans un précédent article, j’ai récemment manqué du coup d’pied dans l’cul nécessaire pour bin des affaires. Pour discuter abondamment et à tous vents, pour ouvrir mon coeur, pour partager mon quotidien un peu dull, pour régler des différends, pour entretenir plus de relations que je n’en ai déjà, pour les situations délicates et/ou sensibles. Maaaaaaaaaaaais, qu’à cela ne tienne, tout ce repli sur soi hivernal, ponctuel et désagréable semble tirer à sa fin. Du moins, pour certaines facettes de mon existence. Je fais plus d’activités valorisantes (j’ai commencé le ménage du printemps de mon appartement et un peu de jardinage de maison. C’est beau une plante qui pousse, qu’est-ce que tu veux que j’te dise). Je suis plus ouvert à discuter et même possiblement à rencontrer si la personne me fait sincèrement capoter (un gars qui sait frencher est un esti de bon prospect). Je suis aussi plus raisonnable dans mes sorties de mauvaise vie i.e. j’ai moins envie de sortir pour les raisons sus-mentionnées et plus pour avoir du fun bien entouré.

Avec tout ça, j’ai l’intention d’être plus réfléchi pour les prochaines étapes :

1. C’est bientôt l’été. Pas besoin de vouloir se matcher à tout prix avant le solstice. Pas besoin de vouloir se matcher du tout, en fait. Laisser le temps faire les choses et savoir saisir les opportunités. Le temps sait si bien faire les choses. Et je sais si bien saisir les opportunités :p

2. Ne pas se garocher dans les bras de n’importe qui pour un peu d’affection. Mieux vaut se réveiller seul que mal accompagné et devoir inventer une excuse boboche pour qu’il s’éclipse ou pire, avoir du sexe pour s’en débarrasser (aye, pas de jugement, on l’a tous un peu fait).

3. Rencontrer quelqu’un, ok, mais no way que ça peut tout chambouler dans mon quotidien du jour au lendemain. D’abord, ça ne peut juste pas arriver, j’ai bin trop d’affaires à gérer. Ensuite, il y a moyen de le faire plus sainement que par le passé. Être plu sain. OH. MY. GOD.

4. Il faut que soit SIMPLE sans être simpliste.

5. Be the best version of yourself, tsé. Faire du sport, penser à moi, me faire plaisir, rayonner, resplendir et sourire. Kin toé.

C’est tu pas un bel été en perspective, ça?

Mieux vaut s’abstenir

L’hiver tire à sa fin. Il a été difficile, comme toujours. Tout le monde en a plein son casque, comme toujours. Le manque de lumière, de chaleur, la nuit qui tombe après le chant du coq, ce n’est rien pour pour aider les photosensibles que nous sommes à garder le moral. Bref, l’hiver a été difficile et tire à sa fin. ENFIN!

Toujours est-il que j’ai eu le temps de réfléchir. Mon sport préféré.

Je fréquentais quelqu’un et l’histoire s’est terminée en février, comme vous le savez. Je n’ai pas vécu la chose comme les autres fois, mais je ne l’ai pas moins ressentie. J’ai eu de la peine, je me suis remis en question, je le fais encore. Mais je dors bien. Possiblement parce que je me suis respecté dans la décision. La situation ne me convenait pas, j’ai tiré sua’ plogue. Cela étant, ça ne signifie pas que c’est simple et/ou toujours facile. Cependant, cette situation en particulier a mis en lumière d’autres situations déchirantes.

Donc, à tout cela, s’est ajouté quelques « ruptures » amicales constatées. Sans dire que ces relations sont terminées, on s’est éloigné, perdu de vue, désintéressé, un peu malgré. À cause des décisions des uns, de certaines réactions des autres, de la chimie, de certains virages, de la vie. Juste la vie. C’est rarement un long fleuve tranquille. Des bouts de notre amitié se sont un peu effrités, elle s’est mutée, on a changé. Puis, là, on ne se voit jamais ou presque, on ne se parle jamais ou presque et personnellement, je ne fais pas trop d’efforts pour prendre les devants. Le truc, c’est que j’en suis rendu là : je n’ai plus envie de faire d’efforts. Pas qu’ils ne le méritent pas. Certaines de ces amitiés existent depuis plusieurs années, voire une décénie. Sauf que moi aussi, j’ai changé. J’appréhende les autres et qui je suis d’une manière un peu différente. Tout a tellement changé dans mon quotidien que c’est impossible que ça n’affecte pas mon Moi.

Donc, virgule, une situation m’a déplue, je l’ai adressée aux personnes concernées et je me suis retiré. Volontairement. Sans fracas. Sans drame. Sans rien. Je n’ai plus d’énergie pour gérer les situations potentiellement conflictuelles et/ou trop émotives. Plus d’énergie ou d’intérêt. Je suis à la recherche de calme, de sérénité, de paix. Je fuis intentionnellement les discussions trop sérieuses portant sur les relations entre humains. C’est compliqué, un humain. Parce que parfois, on ne se comprend juste pas. Et que ça ne sert à rien de pousser le bouchon. Mieux vaut passer GO tout seul, mais heureux.

Un jour, une vieille personne homosexuelle inconnue rencontrée dans un bar m’avait exposé sa vision des relations humaines. Après quelques minutes seulement, il m’avait sizé. Surprenamment. Il avançait qu’il préférait mourir incompris que de passer sa vie à s’expliquer. Wise. Clever. Indeed. Je ne comprenais pas à l’époque (j’ai maintenant le droit, à 36 ans, d’utiliser le mot « époque »), mais je comprends mieux maintenant. J’ai tellement écrit/parlé pour m’expliquer, qu’on me comprenne, en pesant mes mots, en choisissant le moment, la forme, le ton, en vidant mon coeur sur la table, en vomissant mes pensées. Parfois devant des gens qui n’écoutaient pas ou qui regardaient déjà ailleurs. Je me suis tellement époumoné pour qu’on me comprenne. Parfois pour rien. Souvent même, si on considère que beaucoup de ces personnes ne sont possiblement plus là depuis longtemps.

Pis là, je réalise que c’est bin correct d’être incompris, de ne pas toujours comprendre les autres et que tout est une question de perception et de perspective. Constat #3490.

Mon choix donc, l’abstention. Ce n’est pas de l’évitement. C’est le choix conscient et assumé de ne pas m’impliquer dans des relations que je considère trop compliquées ou sensibles ou toxiques ou l’ensemble de ces réponses.

Rien ne dit qu’on ne se recroisera pas sur ce chemin au long cours, mais pour le moment, on a pris des chemins plus ou moins compatibles. Chacun ses choix, ses bonheurs, sa route. Je suis heureux pour eux, je le suis pour moi. Peut-être le sont-ils pour moi aussi. Sans doute.

Pour le moment, j’ai mes propres shits à gérer. Je me concentre sur mon p’tit bonheur de chemin plutôt que sur celui des autres. La vie est remplie de surprises. Et je suis persuadé que je serai surpris.

Pasta gate

C’était un 23 février. Lui, moi, une allé d’épicerie et la pire crise de notre couple déjà amoché. Une crise de larmes, de mots durs, de je-suis-fucking-à-boutte, une éternité de distance entre nos coeurs et un point de non retour dans nos vies. C’était la fin.

Ce gars-là, ce n’était pas le coup de foudre dévastateur, mais c’était un excellent life partner. Le genre de gars avec qui j’aurais passé les vingt prochaines années. On parlait de tout, on essayait tout, on avait peur de rien. On s’obstinait tout l’temps, on se challengeait sur tous les sujets, on se poussait mutuellement vers le haut, enfin je crois. Il n’y avait pas de sujets tabous. On riait beaucoup. C’est tellement important, ça, dans la survie d’un couple.

On s’est rencontré sur Grindr. Une estie d’app sur lequelle 98% de la population tapette cherche une baise d’un soir ou deux. On a cherché pendant longtemps comment raconter notre histoire en omettant ce léger-pas-pire-gros détail. On a brodé toutes sortes de trucs pour finalement s’en foutre et se dire qu’on était l’exception qui confirmait la règle.

ll a tout fait pour me séduire. Il a laissé des cupcakes sur le pas de ma porte pour ma dent sucrée, de la tisane fancé pour mon sommeil léger, des baklavas au sirop d’érable pour m’impressionner. Il a été avec moi ce que j’avais essayé d’être avec les autres : un gentleman intéressé. Il s’est donné à fond parce qu’il me voulait. C’était beau, ça m’a inspiré, je me suis laissé tenter. Tout a commencé comme ça.

Est-ce que j’étais certain? Non. Est-ce que je me serais retourné sur son passage si on ne s’était pas woofé sur l’app? Possiblement pas. Quand on s’est daté le premier soir, il portait une espèce de veste molle un peu pâlotte et moi j’avais l’air bête/déprimé/triste/sûr de rien. Rien de vraiment attirant. Qui plus est, je venais de me faire flusher, 2-3 jours plus tôt (bravo! champion!). Mais il a gagné beaucoup à être connu. Exactement ce que je prêchais depuis des années : se donner une chance de se connaître. On passe trop souvent, trop rapidement au suivant. Bis.

Pourtant, parce que ça allait un peu trop vite pour mon coeur meurtri, j’ai reculé quelques semaines plus tard, ne sachant plus si j’avais envie de ça ou pas, continuant de cuver la rupture d’avant. Pas bin bin winner, je sais. Puis, re-intéressé, je l’ai invité le 31 décembre pour un parté. Après avoir frenché sur la « piste de danse », je lui ai proposé de rester pour la nuit. Et là, complètement saouls, bercés d’une douce musique, il m’a dit la plus belle chose qu’on a pu me dire : « promets-moi de ne jamais changer ». J’ai pleuré.

Puis, en ce jour du jugement dernier où tout c’est terminé devant les pâtes sèches de l’allée 4, il m’a dit que son coeur était fatigué. Ça signifiait qu’il ne ferait plus jamais d’efforts pour moi. Et que le ne-change-jamais n’avait plus cours. Ça m’a donné l’impression que ce qu’on avait vécu était un peu faux, lui qui prétendait tant m’aimer. Comment, quand on aime, est-il possible d’abandonner au moment où c’est justement le temps de donner plus de gaz? J’aurais été prêt à travailler. Lui non. The end.

Je ne l’ai pas tellement revu depuis. Sauf quelques fois tendues et maladroites. Je ne suis pas encore rendu là, je crois. Je ne sais pas si je serai rendu là un jour. Pour toutes sortes de raisons reliées et pas rapports, je suis encore fâché de cette finale inattendue. Mais je vais finir par en revenir.

En fait, ce qui me tracasse, c’est la rapidité avec laquelle il s’est rematché sérieusement. Et la vitesse folle avec laquelle il l’a présenté à ses parents. Vue la réaction de tout le monde, c’est comme si je n’avais jamais existé. J’ai cru longtemps que ça en disait long sur la place que j’avais occupé dans sa vie.

Mais il m’a écrit aujourd’hui pour me rappeler que ça faisait un an. Un court message sans conséquence accompagné d’un beau texte qu’il voulait me partager. Dans ce texte, l’auteure parle des relations terminées qu’on n’oublie jamais vraiment. J’imagine qu’à travers toute l’étrangeté du geste, il a voulu me faire comprendre que finalement, j’avais compté.

On dirait que ça m’a soulagé. Comme une certaine délivrance, un poids en moins sur ma conscience pas souvent en paix. En tout cas. Merci.

L’autre texte : https://voir.ca/chroniques/sale-temps-pour-sortir/2017/02/15/pourquoi-les-gens-attendent-ils-en-file-pour-dejeuner/

Cent fois sur le métier

I’m a mess.

C’est comme ça que je commence mon 100e texte.

Vendredi, on m’a dit que j’étais dur à suivre. Pourtant, on parlait de sujets simples. Si en discutant de trucs plutôt anodins on me dit que je suis difficile à suivre, ça doit être vrai. Qui plus est, si ça vient d’un inconnu qui tâte le pouls de mon existence autour d’une bière, ça se peut que ce soit assez proche de la réalité.

Donc, je transpire la contradiction en ce moment. Je dois dire que j’ai peine à me comprendre moi-même. J’ai un peu l’impression de tourner à vide. Et j’ai aussi l’impression de réparer le même pot que je casse chaque fois. Over and over.

J’ai peut-être juste besoin de calme pour revenir à la vie. D’une petite pause pour me ressourcer. De temps.

Je ne sais pas.

Je lui ai expliqué tout ça. J’ai encore des sentiments pour lui, mais je n’ai pas la force de courir. Je ne peux pas faire plus d’efforts que j’en ai déjà fait. J’en suis incapable. Ma tête, mon coeur et mon corps ne veulent pas s’entendre. C’est pour cette raison que j’ai suggéré qu’on ferait de meilleurs amis. Et bam! En voulant réparer le pot cassé, en voulant trop m’expliquer et être compris, je l’ai cassé de nouveau. Il m’a glissé des mains.

Câlisse.

Avec lui, ça faisait cinq mois.

Récemment, il m’a informé que je n’étais peut-être pas prêt à être en relation. J’ai d’abord fait fi de l’annonce : « voyons, t’es qui toué pour me dire ça? ». J’ai ensuite subrepticement réfléchi et j’ai compris. Effectivement, je ne suis pas tout à fait prêt. Je me sens prêt à rien, en fait.

C’est difficile à expliquer. Même si j’essaie de faire des phrases complètes avec des mots simples, ça s’explique mal. Faut le vivre pour comprendre, je crois. En somme, je suis fatigué. 93% du temps. C’est un constat que j’ai fait tellement souvent à la fin de l’année dernière que je n’ai plus le droit de le dire. On l’appelle affectueusement le « F word« . J’aimerais beaucoup qu’il en soit autrement, mais j’en suis incapable pour le moment. Même si la vie est une question de choix. Même si je suis positif la majorité du temps.

En gros, c’est ce qu’il m’a reproché : mon manque d’efforts, de présence, de patience et d’attention. Le reproche est justifié et je le comprends. On doit prendre soin d’une relation qu’elle soit naissante ou pas, je sais. J’ai essayé. À ma manière, différemment, en essayant de ne pas trop me prendre la tête, dans la mesure de mon gros possible. Et en ce moment, mon gros possible, c’est beaucoup me demander.

Je voulais, j’en avais vraiment envie, mais je n’étais pas prêt à faire des efforts surhumains là, tout de suite, jour après jour. What you see is what you get. Tu veux-tu?

Le travail – son organisation, sa gestion, sa progression, son instabilité, sa rentabilité, ses difficultés – me prend toute mon énergie. Je n’arrive pas à tout concilier. Mettons que je ferais un très mauvais employé/parent dans l’optique d’une conciliation travail/famille. J’ai une jeune entreprise encore. Elle fonctionne relativement bien d’elle-même, mais elle n’est pas encore autonome. Elle demande beaucoup de temps, d’attention et de compromis. Comme un couple. C’est dire que j’ai déjà un couple : ma job. (Ark! Je peux pas croire que j’ai écrit ça). Faque, le reste du temps, j’ai BESOIN de vedger sur mon sofa dans le calme de ma maison ou de faire la fête bruyamment pour avoir l’impression de vivre un peu. Et un peu pour oublier.

Je suis un peu aigri, aussi. Constat #4389.

Pour toutes ces raisons ci-haut énumérées, seul ou accompagné, j’ai besoin de légèreté, de simplicité, de calme. Une safe place. Quelque part.

Sivouplaît.

Ce que je réalise cependant, c’est que je ne peux demander à personne de comprendre ma situation ni de me suivre là-dedans. C’est beaucoup demander. C’est mon choix, ce projet-là. C’est pour cette raison que je n’arrive pas à entrer en communion avec les garçons à ce stade-ci de ma vie. C’est aussi pour cette raison que je l’ai laissé partir et que j’ai cassé le pot une enième fois. Sad story.

Je fais de la peine à un gars qui ne mérite pas ça parce que je suis incapable de me gérer. 

Honnêtement, je ne sais plus trop comment réagir. Malgré tout le positivisme dont je sais faire preuve face à mon quotidien incertain, je me sens un peu gelé. Un peu emotionless. J’ai réalisé une ambition en devant entrepreneur, mais c’est loin d’être toujours simple. Je dois toujours être présent, alerte, souriant, aimable et polyvalent. Je dois toujours garder la tête hors de l’eau et penser trois actions d’avance pour rentabiliser l’affaire. Ce n’est pas toujours très joyeux ni super amusant. On se bat avec pas grand chose pendant que la terre entière pige dans nos poches. Au final, on travaille comme des mongols pour pour très peu outre la satisfaction personnelle du travail bien fait. Mais hé! je n’ai pas de patron. C’est le prix à payer, semble-t-il. Et je ne me plains pas, nononononon, je constate. Le constat est juste parfois brutal.

I’m a mess, que je disais. Dans un océan de contradictions.

Voilà. Un de plus, un de moins, une autre histoire d’amour gâchée.

Pourtant je l’aimais celui-là.

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Depuis 2011, j’ai réfléchi sur les rencontres, la politique, le théâtre, l’amour, les ruptures, les ruptures, les ruptures, l’amour. Je l’ai toujours surtout fait pour vider mon sac, pour moi-même, pour dompter mes pensées, sans attente aucune. Ce fut réconfortant. Chaque fois.

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Un clown est devenu président des États-Unis. En faisant une campagne de rien. Avec du vide et des affaires laides. En méprisant, vilipendant, agressant des valeurs de bases comme le respect, l’honnêteté, l’entraide. On est rendu là. Le monde est un mess.

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Pis Hillary, la people’s president, était là le jour de l’inauguration, fière, haussant les épaules de tout son souffle pour garder la tête haute et la dignité à flot. Bravo, Madam President. You’re the less of the mess. 

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L’année commence. Comme ça. Avec quelques hauts et quelques bas.

Je l’ai trouvée devant ma porte

Ça fait quelques semaines que j’ai commencé à écrire ce texte-là. Je ne savais pas trop par quel bout le prendre, comment dire les choses, comme les voir non plus. C’est peut-être la grisaille de l’automne. Ou le fait que la frénésie de l’été ce soit calmée. Ou les deux. C’est peut-être juste moi qui réalise des affaires que je n’avais jamais pris le temps de réaliser encore. Ce que je sais, c’est que je ressens un truc nouveau. Et le mot que j’ai réussi à mettre sur mon état jusqu’à présent c’est solitude.

Pour en avoir parlé à quelques amis, je pense que c’est un « mal » relativement généralisé, mais canalisé différemment. On la vit tous, à un moment ou à un autre, à divers degrés, pour diverses raisons.

Admettre la solitude, c’est difficile. C’est comme une défaite. C’est comme ça que je le vis, en tout cas. J’ai pleuré quand j’en ai parlé avec un ami la première fois. Je trouvais que c’était inavouable. Surtout venant de celui qui fait toujours le party et qui a douze invitations pour une seule soirée. Ça paraît pas dans ta face que tu te sens seul, tsé. Et c’est encore plus difficile à admettre sans avoir l’air de vouloir faire pitié.

C’est étrange parce que je suis entouré de plein de gens toute la journée. Ce sont des clients, soit, mais j’ai développé un semblant de relation amicale avec certains d’entre eux. Ils me font sourire quand ils viennent et vont et quelques-uns, sans faire grand chose, apaisent le feu à l’intérieur quand il fait rage. Des petits rayons de soleil à travers la brume (tadah!). J’ai des amis aussi. Des proches, des réguliers, des occasionnels, des loins. Une famille. Un chum. Pourquoi, don’ ?

Le truc, c’est que j’ai l’impression d’avoir perdu certains repères pour fonctionner normalement en société. Mon travail, mon horaire, mes revenus, tout est différent de ce que je faisais avant et de ce que fait mon entourage. Ça devient compliqué de parler d’horaires, de paies, de revenus et de mes angoisses reliées à tout ça avec des gens qui ne peuvent que s’imaginer le casse-tête quotidien. Ça donne trop souvent lieu à des commentaires du genre  » y doit bin y avoir quelque chose que tu fais de pas correct ». Vraiment? Comme si je ne réfléchissais pas sans arrêt à des solutions pour garder la tête hors de l’eau ET avoir de meilleurs revenus. Voyons.

Comme conséquence, je me sens de trop dans trop de situations, pas à ma place, pas à la hauteur, pas suffisant. Ça et le sentiment de rejet vécu over and over parce que je l’ai bien laissé m’envahir, c’est vraiment un mélange super agréable. NOT.

Pourtant, je n’ai rien à envier à personne. J’ai des amis adorables, un travail stimulant, un horaire de rêve tout de même, un peu de temps de qualité pour moi, enfin. Mais depuis cette aventure de fou, mon monde a changé boutte pour boutte. Mon couple a éclaté, je vois moins mes amis, mon salaire à drastiquement diminué et mes dettes, généreusement augmentées. Je fais face à de nouveaux types de choix, comme celui de choisir de ne pas aller au resto avec des amis ou de manger avant, moins cher, pour éviter de me vider les poches. Avant, j’avais de la marge de manœuvre. C’est temporaire, que je me dis, mais le temporaire peut parfois être long.

En fait, j’ai réalisé hier que ce n’est pas tant la solitude qui pèse le plus, c’est que je n’arrive pas à faire le deuil de mon « ancienne » vie, celle où j’avais mes weekends, des vacances, de l’argent, un horaire de 9 à 5, du lundi au vendredi, du vrai temps pour faire la fête et m’en remettre le lendemain. Juste être nonchalant 95% du temps. Maintenant, je manque de latitude et conséquemment, je me sens seul. Je ne peux pas caller malade, ni arriver en retard (un vrai, là), prendre des vacances quand ça me tente ET la tête tranquille. Je dois maintenant être sérieux 95% du temps. Parfois, c’est lourd, mais je l’ai choisi. Pour le meilleur et pour le pire. Être entrepreneur, ce n’est pas tous les jours faciles, c’est stressant, c’est beaucoup beaucoup de sacrifices, mais c’est aussi ultra satisfaisant. Y’a rien de mieux qu’être son propre patron. Tout est une question de perspective, donc.

Et qu’est-ce que j’ai fait pour noyer le « mal » ces derniers temps ? J’ai abusé d’un peu tout ce que je connais. Je pense bien que ça suffit. De cette façon-là, en tout cas. J’ai des nouvelles limites que je dois respecter pour garder le cap. Plus j’abuse, plus je suis fatigué et plus je suis fatigué, plus je déprime, plus je me sens seul. C’est une roue qui tourne dans le mauvais sens. Je me suis donné une nouvelle vie, je l’ai voulu big time et elle est quand même successful. Le retour à la « normale » dans un contexte d’entreprenariat viendra à point parce que je saurai attendre.

Je m’époumone depuis des années à dire à mon entourage que la vie est une question de choix. On a le choix de la prendre du bon ou du mauvais côté. Rester positif face aux épreuves de la vie, c’est déjà un pas en avant. Personne n’a demandé à être sur Terre, aussi bien être positif, le temps passera plus agréablement. Get the most of it, que je dis tout le temps. Maintenant.

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La défaite crève-coeur d’Hillary m’a mis dans tous mes états. Ce qui me chagrine le plus, c’est qu’on se retrouve encore une fois du mauvais côté de l’histoire. C’était SON tour, SON moment, SA victoire presque assurée. Elle aurait dû être présidente. Elle aurait été une bonne présidente, positive. Il est trop tard maintenant, Hillary se retrouve maintenant au rang des souvenirs.

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On vient de me demander un latte décaféiné au lait de soya. Sérieux, je ne comprends pas.

Récolter la tempête

Je suis allé prendre un verre vendredi soir. Dans une boite de pédés. J’allais rejoindre un ami qui est arrivé avec un peu plus d’une heure de retard. Je suis d’une rare patience dans certains cas. J’étais sur le point de partir avec fracas quand je l’ai croisé avec d’autres ce qui m’a convaincu de rester. J’ai même retrouvé le sourire. Toujours est-il que j’ai vu une ex-date que je suis allé saluer.

C’est bizarre comme souvent on devient un brin autiste devant une ex-date. Pourtant, je n’ai aucune émotion ni attirance particulière pour cette personne. C’est un beau garçon, soit, mais il n’y pas que ça. On s’est daté deux fois, c’était un moment agréable, mais je sentais bien que ce serait temporaire. Le style de vie, l’absence de réelle communication, l’omniprésence sur tous les réseaux de rencontres, pas mal de trucs me séparaient de lui. Je trouve tout de même important, dans la mesure du possible, d’essayer d’entretenir un semblant de cordialité post-date. Après tout, on s’est vu dans un contexte très explicite, dans une certaine vulnérabilité et qui plus est, nous allons presque nécessairement se recroiser, amis communs obligent.

Bref, je l’ai salué et après quelques secondes de silence akward, j’ai essayé de faire un minimum de conversation sur un sujet qu’on a en commun. J’ai dit : « bla bla bla, j’ai vu tes photos sur IG, c’est cool ce que t’as fait, ça me rappelle que j’ai déjà fait ça par le passé, attends, je vais te montrer, j’ai une photo… ». Toute mon intervention – qui se voulait légère et amicale, je le rappelle – a été ponctuée de quelques « hum oui » détachés et désintéressés de sa part jusqu’au moment où il s’est retourné vers ses amis, ne concluant rien, me tournant bêtement le dos et me laissant planté là comme une vieille chaussette laide et trouée. J’ai attendu quelques secondes, me disant que ça ne pouvait pas que je sois en train de vivre ça et je suis parti vers d’autres amis, portant l’odieux sentiment du rejet et du ridicule.

Je lui ai pourtant dit que c’était vraiment cool ce qu’il faisait. Deux, trois fois. Enthousiaste.

Un peu saoul, mais surtout blessé et insulté, je lui ai plus tard texté un inutile « esti qu’té bête ». Mais je n’avais pas besoin de lui écrire ça. Tout ce que j’avais à faire, c’était de me rappeler que je n’ai pas besoin de gens qui me tournent le dos autour de moi. Mais le rejet, peu importe la forme, peu importe le contexte, fait mal. Même quand on a confiance en soi.

Bref, on ne fait pas ça à personne. Surtout pas quand on prétend être une personne respectueuse. Surtout pas quand on prétend minimalement apprécier la dite personne. On ne tourne pas le dos à quelqu’un qui essaie d’être gentil et qui fait un effort. C’est infiniment brutal. Ce n’est pas comme si on était en guerre, on a discuté un peu chaque fois qu’on s’est croisé, simplement et gentiment.

J’ai eu ma réponse cependant. Semble-t-il que tout ce que j’ai fait, c’est de vanter mes mérites et lui montrer que j’étais meilleur que lui bla bla bla. Really? Genre REALLY?! Ça donne vaguement l’impression que je lui ai volé un peu de son follow spot. Ou peut-être que j’aurais dû le féliciter à outrance avec des fleurs verbales pis tute, comme ça doit être le cas si souvent. Faut pas avoir une grande estime de soi pour se sentir bousculer par une intervention aussi anodine. Ou être un brin narcissique. Ou les deux. Je suis peut-être intimidant aussi. On me l’a déjà dit. Ça se peut. Pourtant, quand on prend le temps de me connaître, on sait bien que ce n’est pas le cas.

Ne cherchant plus à comprendre, avec le peu de cohérence qu’il me restait à cette heure, j’ai écrit : « mon approche se voulait amicale et surtout pas prétentieuse. C’est ça qui est dommage ». C’était la meilleure réponse que je pouvais donner.

J’ai retourné tout ça dans ma tête toute la fin de semaine. Je me suis posé beaucoup de questions. Je me suis demandé s’il avait raison, si j’avais été prétentieux dans mon approche. Mais non. Je refuse. NON. C’est ça qui arrive. J’avais la meilleure intention du monde. Au pire, j’ai été maladroit. C’était peut-être un simple imbroglio, aussi. La dernière option, c’est que c’était simplement méchant, même inconscient. Peu importe la raison, je ne méritais pas ça. Surtout pas pour ça.

Une valse à mille temps

T’as été le premier grand amour de ma vie. Je t’ai aimé chaque seconde. Pendant toutes ces années. Avec des papillons pis tute. Du début à la fin, même dans les moments moins fun où on se traitait comme d’la marde. Je t’ai aimé comme possiblement je n’aimerai plus. Non, pas vrai, j’aimerai encore. J’aimerai aussi intensément, passionnément, dramatiquement et de tout mon cœur. Mais j’aimerai différemment. On n’aime jamais deux fois de la même façon, de toute façon.

Ce soir-là, t’as suivi un de tes amis au C’est extra. Tu sortais d’une année impossible à imaginer. Fallait que tu vois du monde. J’y étais aussi, avec une face-de-carême-de-kossé-que-je-fais-là et des amis communs. Je t’ai vu et tu m’as plu. Je t’ai offert un verre. Quétaine de même. Parce qu’à une époque pas si lointaine, c’était encore romantique d’offrir un verre à un prospect. Tu l’as accepté, on a jasé puis on a dansé.

On devait avoir l’air tellement ridicules. Danser sur Une valse à mille de temps de Jacques Brel, c’est chic au début, mais ça devient rapidement un sport olympique. Puis, tout de suite après, on a dansé collé sur une chanson dont j’oublie le titre. Peu importe. C’était notre moment.

En partant, on s’est embrassé avec gêne et comme un amateur (tes mots), tu m’as laissé ta carte d’affaires. Je t’ai trouvé sweet, tout de même. Puis, le lendemain, on s’écrivait et tu me disais que les étoiles devaient être alignées, ce qui ne gâchait rien. T’avais raison, elles étaient alignées, les étoiles.

T’as possiblement été la première personne avec qui j’ai été moi-même de A à Z.

Pourquoi je te dis tout ça ? J’ai lu un texte intitulé Mon ex, je t’aime. Je l’ai trouvé beau. Ça m’a fait penser à « nous » et à tout ce qui en a découlé. Contrairement à eux, on ne se voit pas souvent, on ne fait pas de recettes de Marilou, on s’aime autant qu’on se déteste, mais on tient beaucoup l’un à l’autre, je pense. Notre rencontre et ces quatre années rocambolesques passées à essayer d’être un couple ont un peu fait la personne que je suis devenue aujourd’hui ce qui, encore une fois, ne gâche rien.

T’as toujours été là quand j’en ai eu vraiment besoin. Et vice-versa. T’as accepté tellement souvent que je dorme sur ton sofa durant mes soirs de pluie.

Je réalise aussi que t’es pas mal le seul ex avec qui j’ai encore de vrais contacts i.e. chez qui je peux débarquer à peu près à n’importe quel moment avec une bouteille de vin et vider mon sac.

J’ai un peu basé chaque nouvelle rencontre sur ce sentiment que j’ai eu avec toi. Comme s’il était gage de longévité et/ou de qualité. J’ai longtemps attendu quelqu’un comme toi, enfin, quelqu’un qui me bouleverserait le quotidien comme tu l’as fait, in a good way. J’ai mis un terme à tellement de dates possibles juste parce qu’elles ne correspondaient pas à cet idéal. Ce que je cherchais, c’est ce sentiment d’amour inconditionnel qui te donne envie de déplacer des montagnes. J’avais envie que l’amour me rentre dedans comme un train et qu’il m’emmène loin. J’ai mis du temps à relativiser. J’ai eu peine à me relever. J’ai don’ eu l’impression que jamais plus je ne revivrais tout ça.

Je l’ai revécu depuis. Avec d’autres. Différemment.

Je te connais comme si je t’avais tricoté. Je connais tes réactions à à peu près toutes les situations, je sais ce que tu aimes, ce qui t’horripiles, pour quel parti tu votes tout dépendant de ton mood, sur quel bouton peser pour te faire chier. Je sais que tu fais semblant de m’écouter quand je te donne mon avis sur un sujet dont tu ne veux pas parler, mais je sais que le message se rend, éventuellement.

Ce qui m’a inspiré le plus dans le texte du dude, c’est sa finale. Le moment où il parle de la réussite de sa rupture. Une chose dont je suis plutôt fier dans ma vie, c’est qu’on ait réussi notre post-relation. T’as été le premier à prendre le temps de me laisser pour vrai, avec respect et affection. T’as répondu à toutes mes questions, chaque fois, même quand je radotais. C’était encore l’époque où le monde se parlait au lieu de se texter. Tu répondais à tous mes appels, même les plus dramatiques, ceux où je pleurais incontrôlablement ou ceux où je hurlais de colère, incontrôlablement aussi. Tu t’es laissé insulter et brasser par mes sept étapes du deuil sur une looooooongue période. Je t’ai fait vivre mon enfer du laissé pour contre. Maaaaaaaaiiiiissss on a survécu et on s’est revu. Jamais avec de fausses intentions. Toujours en regardant vers l’avant. En amis.

Puis un jour, on s’est excusé de ne pas toujours avoir été des bons chums. C’est un peu ce que j’attendais. C’est à ce moment que mon cœur a pu véritablement s’ouvrir à autre chose. Merci, man.

Étant donné qu’on n’est pas toujours très chaleureux l’un envers l’autre, prends tout ça comme une grosse accolade avec des tapes dans l’dos. Comme des straights qui savent pas trop comment s’aimer.

J’haïrai toujours autant tes conseils de marde, ta pseudo indépendance, ton manque de coopération sporadique, pis l’absence relative de démonstration affective à mon égard, mais je sais qu’on s’aime quelque part dans le détour. Malgré tout, je suis heureux de faire partie de ta vie. Et pour moi, c’est tout ce qui compte.

Courir comme Phidippidès

Dimanche, je me suis rendu au fil d’arrivée du marathon de Montréal. J’ai une amie, un peu folle il va sans dire, qui s’est dit que c’était une bonne idée, après avoir fait le demi l’année dernière, de le faire au complet cette année. Vraisemblablement, la prochaine étape sera sans doute un triathlon ou un ironman. Folle de même 😉

C’est donc au kilomètre 41,7 que je l’attendais. J’étais bin trop ému. Parce qu’on va se le dire, c’est courageux en esti. C’est tout un dépassement de soi. Parce que tu dois avoir envie d’abandonner quelques fois durant la course. Parce que tu dois avoir crissement mal partout pis que ça doit être un peu plate à la longue de courir pendant 5h. Si tu le fais au complet, c’est ta tête qui est assez forte pour dire à ton corps de continuer. C’est inspirant au possible. Phidippidès en est mort, c’est dire l’effort que ça demande. Pis hier, en l’attendant, ce qui était d’autant plus beau, c’était de voir les coureurs, eux aussi épuisés, encourager ceux qui ralentissaient ou s’arrêtaient à 500m de l’arrivée. Ça, pis le monde qui encourageait le monde tout au long du parcours. Super beau, je vous dis.

Faque, quand je l’ai vu, je lui ai crié : « dans 500 mètres, tu seras marathonienne ! ». J’ai un peu pleuré comme un fillette pis j’ai couru avec elle la centaine de mètres qu’il restait avant l’arrivée. C’était ma façon de l’encourager à aller jusqu’au bout. Elle a de quoi être fière, même si depuis hier elle se déplace comme un vieux gorille ! :p

Tout ça me ramène encore et toujours à réfléchir (surprise). J’étais hangover solide, je n’avais pas assez dormi il va sans dire, j’étais émotif (no shit), j’ai donc inévitablement réfléchi au sens de la vie. Soupirs. Pis je me suis demandé pourquoi moi, je n’en faisais pas un, un marathon ? Pourquoi je préfère me pacter la face le samedi soir plutôt que de me fixer des objectifs de vie plus sains, genre courir 42km once in a while ?

Revenu à la raison et voyant le vieux gorille se déplacer péniblement d’une pièce à l’autre, je me suis rappelé que chacun avait ses objectifs. Plus jeune, après une série de moments bizarres et de réveils avec l’impression-de-fin-du-monde, j’avais l’objectif assez large et imprécis de trouver le bonheur. C’est vaste « être heureux » vous me direz, mais pour certain, c’est un esti de cheminement. J’étais pas très loin déjà, mais disons que j’avais souvent le bonheur triste. J’ai consulté beaucoup – quelques années, tsé – j’ai travaillé fort et j’ai fait des choix. Parce que la vie est une question de choix. Je n’aimais pas ma job, j’ai changé. Je voulais faire des études universitaires pour avoir l’impression d’être quelqu’un, j’ai obtenu un baccalauréat. Je n’étais pas bien dans mon couple, je l’ai quitté. Je voulais être plus en forme, je m’entraîne régulièrement depuis en salle et à la course. J’ai aussi fait le choix de m’éloigner autant que faire se peut des énergies négatives, au nom d’une certaine santé mentale. Des choix sains, genre. Pour moi. Pour d’autres, c’est de faire abstinence d’alcool pendant un mois, de courir un marathon, de déménager en campagne. Chu juste pas rendu à courir 42 km dans ma tête, c’est tout. J’ai d’autres affaires à faire avant je pense.

Courir un marathon, c’est accepter de faire quelques sacrifices. Arrêter de consommer de l’alcool pendant un certain temps, surveiller son alimentation, se coucher tôt, courir beaucoup, plusieurs heures, recommencer. Toutes des affaires que je n’ai pas envie de faire en ce moment. C’est possiblement ça qui me déçoit. Je pourrais le faire, j’aimerais avoir le courage de l’abnégation, mais j’aurais l’impression de manquer trop d’affaires en ce moment. Un sacrifice de plus serait un sacrifice de trop. J’en suis encore là. Par choix. Je choisis la fête, les amis, la gratification instantanée, de rentrer aux petites heures du matin, de danser sur un podium comme si j’avais encore 20 ans. J’ai tellement fait de sacrifices depuis que je suis devenu « entrepreneur », j’ai tellement peu de loisirs depuis deux ans que je me garoche dans ce que je connais et qui me fait du bien. Ça me donne l’impression de vivre un peu. Parce que c’est bin l’fun faire du café, mais c’est beaucoup d’heures à faire juste du café.

Faque pas de marathon cette année. Pis peut-être pas l’année prochaine non plus. Je vais juste continuer à courir pour le plaisir et à le faire un peu plus longtemps chaque fois pour me dépasser à la hauteur de mes ambitions. Chacun ses objectifs, finalement.

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Récemment, on m’a présenté comme barista. Ça fesse. J’ai tout de suite gentiment, mais fermement repris la dite personne : je suis avant tout propriétaire d’un café. Déjà que j’ai un peu l’impression qu’il ne se passe rien de bien excitant dans ma vie à part avoir une entreprise populaire et rentable, je n’ai pas envie qu’on me voit comme un simple barista. Y’a pas de mal là, c’est juste qu’il y a une différence entre une « job d’étudiant » et une entreprise qu’on tient à bout de bras. Genre.