Salaire minimum

Allo. Je m’appelle Luc, j’ai 37 ans et je suis co-propriétaire d’une petite entreprise. C’est un café et salon de thé dans Rosemont–La Petite-Patrie. On a ouvert il y a un peu plus de deux ans. Les affaires vont bien. On emploie présentement sept personnes à temps plein et partiel. La plupart d’entre eux sont payés au salaire minimum ou un peu au-dessus. On aimerait beaucoup les payer plus. Ça fait partie de nos plans à court et moyen terme. On aimerait leur donner un salaire équivalent à leurs besoins et un peu plus décent. On aimerait aussi se payer plus. Mais pour le moment, on ne peut pas. Les affaires vont bien, mais on se sert la ceinture.

Nous ne sommes pas des patrons qui siphonnent crapuleusement le talent de nos employés. On est loin de faire des millions, nous sommes trois petits actionnaires et nous avons tout risqué ce qu’on avait ou à peu près. Nous payons nos employés à la hauteur de nos moyens pour le travail qu’il font. Et sans JAMAIS dénigrer les tâches à accomplir, les compétences demandées ne sont pas de l’ordre du doctorat. C’est avant tout considéré comme un travail étudiant, une jobine, sauf exception. Ça n’enlève rien à la nécessité de les payer justement. Qui plus est, en tant qu’entrepreneurs, on a besoin d’eux x 1 000 000, qu’ils soient disponibles, dévoués, travaillants, efficaces et consciencieux. On a aussi besoin qu’ils restent avec nous un certain temps et qu’ils s’épanouissent autant que faire se peut. Ça se paye, on en est conscient. On est généreux, en général, je crois.

Si on pouvait les payer 15$/heure maintenant, on serait les premiers à le faire. Si on n’avait pas de dette, si les revenus étaient plus élevés, si nous, personnellement, on n’était pas si pauvre. Si, si, si. Cette augmentation, si elle nous était imposée aujourd’hui, correspondrait à une augmentation de 10% de notre masse salariale. Annuellement, selon la dernière année financière, ça correspondrait à 44% de nos revenus. C’est énorme ET indécent. Ça signifie qu’on ne pourrait plus se verser nos quelques peanuts par semaine. Ça, ou couper dans le personnel. Ou augmenter nos prix. Ou les trois.

La vraie de vraie vérité, c’est que tout le monde va payer pour ça, malheureusement. Il n’y a pas une entreprise qui se respecte qui va absorber la hausse sans sourciller. La logique fera en sorte qu’aucun chef d’entreprise ne pigera dans ses profits pour payer la hausse. Il y aura des mises à pieds, mais surtout, une augmentation des prix. Pour tout le monde. Partout. Et je suis prêt à parier que ce sont les entreprises qui sont en moyen qui vont gosser le plus.

J’ai beau retourner l’affaire dans tous les sens, je ne vois pas comment ceux qui gagneront désormais 15$/heure auront un meilleur pouvoir d’achat. La réaction sera en chaîne et vers le haut.

Avec tout ça, le véritable problème n’est pas la hausse du salaire minimum, mais le système qui la propose. Tout le monde pige dans nos poches. Le gouvernement du Québec, du Canada, la ville, l’arrondissement, le propriétaire du bâtiment, la SOCAN, la CNESST, la RRQ, les assurances, les fournisseurs, les banques, le service de paie, name it. Taxes, frais, intérêts, pénalités, taxes, frais, intérêts, pénalités, encore et encore. La liste est très très très longue. Puisque l’ensemble de l’univers fonctionne selon la même logique capitaliste, l’ensemble de l’univers veut sa part du gâteau de tous les gâteaux disponibles. Et au final, ce sont les petites et moyennes entreprises et le petit épargnant qui paie la note. Toujours.

Ça s’arrête où? Jamais, paraît-il. C’est le plus fort qui gagne.

À titre d’éclaircissement, juste pour notre petite affaire, voici une énumération incomplète de la réalité monétaire à laquelle on est soumis :

  • Hydro-Québec exige un dépôt de 900$ jour 1. Puis, chaque mois, comme tout le monde, on doit payer la consommation mensuelle dont le kilowatt-heure coûte plus cher que pour les clients résidentiels.
  • Chaque année, la SOCAN exige une contribution basée sur la superficie du local pour nous accorder le droit de faire jouer de la musique dans notre établissement.
  • À la première demande, la ville exige le plan d’un architecte et un permis pour installer une terrasse sur le trottoir ou la voie publique. Ça se chiffre en milliers de dollars. Puis, chaque année, le permis est renouvelable et monayable, plan d’architecte en moins.
  • La machinerie brise TOUT LE TEMPS, n’est pas garantie longtemps (6 mois à 1 an) et les réparateurs se graissent la patte avec les pièces et la main d’oeuvre. Le petit moteur de plastique, après avoir passé dans les mains de quelques fournisseurs, ne coûte plus 40$, mais bien 400$. Ce qui fait qu’on n’a pas fait réparer le congélateur et la machine à glace qui nous on lâché en cours de route. On les paie encore.
  • Loi oblige, on doit imprimer tous les reçus et les remettre aux clients qui n’en veulent pas et les jettent. Quand on parle de jeter l’argent à la poubelle, c’est un peu ça.
  • Revenu Québec impose une amende de 25 piastres par jour de retard quand on oublie de produire un relevé sommaire périodique des ventes, intérêts en sus. Un avis ne suffit pas.
  • Chaque transaction faites à l’aide d’une carte de crédit spécialisée (de type « entreprise », par exemple) nous coûte plus cher. En somme, le commerçant paie pour les choix de ses clients en matière de crédit.
  • Chaque transaction « sans contact », aussi pratique soit-elle, coûte 2.5 cents de plus qu’avec la puce.
  • Chaque fois qu’on dépose ou retire de l’argent du compte bancaire, il y a un frais. Chaque. Fucking. Fois. Entreprises ou particuliers. NOTRE argent, esti. Quelqu’un trouve ça normal?
  • Un loyer commercial est deux fois taxable. En plus de la TPS et de la TVQ, on doit payer une taxe d’affaires à la ville.
  • Le permis du MAPAQ est renouvelable, donc payable. Chaque année.
  • Le service d’incendie nous a récemment remis un avis pour remplacer l’extincteur, selon eux, non-conforme. Évidemment, le dit extincteur ne se trouve nulle part et il faut le commander chez un fournisseur spécialisé, 345$ plus tard.
  • Pour la sécurité de nos clients et pour se protéger d’une éventuelle poursuite, nous avons choisi de s’équiper de deux auto-injecteurs Epipen. Un pour enfant, l’autre pour adulte. 250$, annuellement.
  • Chaque fois qu’un employé arrive, on le forme. Chaque fois qu’il part, on lui remet son 4%. S’il reste, on lui doit des vacances. Et pendant ces dites vacances, on doit le remplacer. On paie donc deux fois.
  • Chaque fournisseur exige une commande d’un montant minimum. 100$, c’est le minimum pour certains, parfois c’est 300$. Pas d’exception. Si une commande n’atteint pas le montant minimum, pas de livraison. Too bad, so sad. Consomme, ma noire, consomme.

Je ne me plains pas, je constate avec déception. J’ai choisi de devenir entrepreneur et je ne ferais rien d’autre pour l’instant. Je ne fais qu’exposer une réalité parmi tant d’autres. Le drame, c’est que le système fonctionne en symbiose. Le fournisseur d’extincteur le vend cher parce qu’il est obligatoire. Le réparateur de machinerie s’en met plein les poches parce que l’équipement en question est vital au fonctionnement de l’entreprise. Le gouvernement ne fait jamais de cadeau et déguise des taxes en permis. C’est la théorie du complot.

On s’est débrouillé pour « innover » quand on était acculé au pied du mur. On a demandé de l’aide à nos proches parce que Desjardins ne voulait pas nous prêter « une cenne de plus ». Sans cette love money sporadique, la clé serait déjà sous la porte. Et c’eût été dommage. Parce que parfois, un petit coup de pouce suffit pour sortir la tête hors de l’eau. Une entreprise naissante a parfois besoin qu’on la guide et qu’on la prenne par la main. Ce n’est pas vrai que tout réside dans le modèle d’affaires. Le capitalisme n’a pas à être obligatoirement sauvage. Pour qu’une entreprise comme la nôtre fonctionne, elle a besoin de clients, mais les client ne viennent pas toujours aussi rapidement que souhaité. Parfois, ça prend du temps. Et on aurait avantage à donner plus de temps au temps.

J’aurais juste envie que le dude qui a eu l’idée de cette augmentation salariale planche AUSSI sur une réforme réelle et en profondeur de la fiscalité. C’est juste devenu n’importe quoi. On le constate davantage avec la dernière augmentation de taxes foncières à Montréal. La capacité de payer du citoyen s’amenuise d’année en année. Le taux d’endettement des Canadiens a atteint 167% en 2017. Le taux directeur de la Banque du Canada va augmenter 3 fois cette année. Un moment donné, l’économie va s’effondrer pis on ne s’en remettra juste pas.

Le système actuel ne favorise pas les petites entreprises comme la nôtre. On n’a droit à aucune subvention, aucun allègement fiscal, aucun accompagnement et les banques sont très frileuses quand on cogne à leur porte. La restauration est un domaine considéré comme financièrement risqué. Un retraité aussi, d’ailleurs. Malgré ses économies, ses placements, sa pension une personne en âge de la retraite devient à risque pour les banques. Bref, tout le monde est à risque, personne n’aide vraiment personne et tout le monde a peur de tout. On en est rendu a valoriser la faillite plutôt que d’aider. Évidemment, les grandes entreprises comme Bombardier sont dans une classe à part. Parlez-moi de ça une entreprise déficitaire qui reçoit des milliards en subvention pour payer des bonis à ses cadres et donner sa filière subventionnée à Airbus. Wicked.

Ça fait quelques semaines que le sujet du salaire minimum fait les manchettes. Les syndicats considèrent que c’est LA solution aux problèmes de pauvreté. Les associations patronales crient à la faillite des entrepreneurs. Les économistes louangent la loi du marché et se moquent de la faiblesse des modèles d’affaires. La réthorique superficielle derrière tous ces intervenants manque cruellement de nuance et ça me fait capoter. Il ne sert à rien de mettre une pression supplémentaire sur les épaules de ceux dont les poches sont déjà trouées. S’il y a des mesures compensatoires et/ou d’allègement à annoncer pour absorber la hausse, que le gouvernement le fasse maintenant. Peut-être échelonner, pour un temps, l’augmentation à 15$/h en fonction du nombre d’employés (+ de 10) et/ou des revenus (+ de 400k $) ? Il serait aussi plus que temps de revoir les tables d’impôts et ce que signifie vraiment le seuil de la pauvreté en 2018. À juste titre, il serait judicieux de demander un peu plus à ceux qui le peuvent et moins à ceux qui passent leur vie à se serrer la ceinture. Il faut repenser le système de taxation et de distribution de la richesse, cibler le gaspillage et arrêter l’hémorragie. Réévaluer le système fiscal au grand complet, tiens. C’est dit.

Je comprends que le capitalisme n’a pas d’émotion, que sa logique réside dans le fait que si une entreprise ne survit pas, une autre prendra sa place. C’est logique en effet. C’est la main invisible qui régule le marché. La loi du libre marché joue son rôle comme une championne. Mais c’est aussi un système qui appauvrit davantage le pauvre et qui enrichit abondamment le riche. Il me semble qu’il doit y avoir mieux comme système. Ou un juste milieu. Tsé, un système où chacun y trouve un peu son compte ? Sans être trop solidaire ni trop conservateur. Pas besoin d’attendre que tout le monde ait la langue à terre pour procéder, il me semble.

Bref, tout va bien pour nous. Si notre entreprise poursuit sur sa lancée, quand l’augmentation du salaire minimum à 15$/heure entrera en vigueur, on devrait être assez solide pour encaisser le choc. Et on espère le faire avec le sourire et la satisfaction de contribuer au bien commun. En attendant, essayons d’imaginer une société un peu plus égalitaire et un peu plus humaine. Sinon, un jour pas si lointain, le karma de la société nous le renverra en pleine face. Et ce ne sera pas beau du tout.

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Netflix and chill

Ça fait littéralement des mois que j’hésite pour écrire un autre texte. La peur d’être redondant. Ou de ne pas prendre le bon ton. Ou encore, de parler toujours des mêmes affaires. Je constate que c’est le cas pis c’est ok. Je RADOTE, pis je suis vieux. J’ai l’doua.

—//—

Ouais bin, c’est ça. Cabine-Boulotte-B4-No-Goods-To-Follow a repris le chemin de sa première maison. Après 8 ans à vivre au rythme des canicules suintantes, des retards de la STM, des demandant congrès de l’ACFAS, des tempêtes de neige de slush et de Noëls festifs en famille, elle a pris la difficile décision d’aller voir ailleurs, si elle y était. Je l’entends déjà maugréer que sa maison, c’est aussi ici – peut-être plus, même – mais elle avait besoin de retrouver ses racines et de voir si elle pouvait faire quelque chose de bien de cette France-là. Je lui souhaite un siècle des Lumières. Je lui souhaite la plus belle et la meilleure des chances. Elle le mérite et elle la prendra, sa chance. Elle part avec une boite à outils bien remplie, en tout cas.

Avec tout ça, Noël arrive vite cette année et ça me rend inévitablement nostalgique. Le départ de Boulotte laisse un vide, tout de même. Un vide qui me rappelle que je n’ai pas tant de monde autour de moi pour varger sur la vie comme je l’ai fait avec elle. J’en ai, mais avec elle, il n’y jamais eu de barrière et/ou limite. Même si on ne se voyait pas tous les jours ni même toutes les semaines, elle n’était jamais bien loin. On était toujours a phone call away, comme on se disait. Donc, cette année, puisqu’elle m’accompagnait toujours dans les soirées familiales, ce sera mon premier Noël vraiment seul depuis longtemps. C’est pratique une meilleure amie pour combler le vide émotif. Ce l’est moins quand elle est loin loin. On va s’y faire. Et on ne sera jamais vraiment bien loin, finalement.

Toujours est-il que ça me fait réfléchir à ce que je vis depuis quelques temps (la nuit des temps, oui). J’ai l’impression de courir après quelque chose que j’aurais perdu. Pourtant, là où j’en suis dans ma vie, je devrais marcher et ne pas chercher. Je ne suis pressé de rien, en fait. Et je ne cherche pas vraiment, comme je dis toujours, mais je suis alerte et ouvert à rencontrer. Si je tombe sur un candidat potentiel, je ne le laisserai pas partir. J’ai (j’avais?) Tinder, mais c’est surtout pour le divertissement d’avoir des matchs. Ça fait du bien à l’égo. Ça, pis les like Instagram.

Mais fait déstabilisant, chaque fois que j’entrouvre la porte pour voir ce qui se trouve derrière, chaque fois que je me dis que je peux peut-être me laisser emporter par le vent, elle se referme sans même que j’aie pu prendre la mesure de quoi que ce soit. Un peu sur mon nez. Bêtement. On me dira que ce n’était pas le bon.

Et si le bon n’existait pas ?

Se faire refuser l’entrée aussi souvent et régulièrement, à la longue, ça joue sur les certitudes. T’as beau te faire croire que t’es fort, que ça ne t’atteint pas tant que ça, ça gosse. Beaucoup même. Mon angoisse nocturne me le rappelle constamment. Ça joue dans les émotions pas l’fun, ça remue les insécurités, ça fait ressortir les affaires-que-tu-pensais-réglées-mais-qui-ne-le-sont-pas-tant-que-ça-finalement. Que faire, donc ?

Je ne suis peut-être pas fait pour dater.

C’est rendu que j’analyse les likes que je reçois sur Instagram et Facebook tout en jaugeant ceux que moi je devrais donner aux autres. Je joue la game que je reproche aux autres. Tu vois bin que c’est n’importe quoi!

À voir quelques personnes matchés autour de moi, je me dis qu’on est un peu tous dans la même galère. Ils sont en couple, mais pas nécessairement heureux, et un peu à la recherche du temps perdu, mais eux, au moins, ils ont quelqu’un que je me dis. Ce qui reviendrait à dire que c’est mieux d’être mal accompagné que seul. Mais j’ai aussi l’impression qu’ils se font souvent chier pour rien. Et en gros, je ne veux pas me faire chier et je ne veux pas être mal accompagné. Est-ce que ça se peut ?

Je suis plutôt bien seul. Dans ma petite maison, avec mon Netflix et mon verre de vin, je jouit agréablement de la vie. Il y a juste des moments plus solitaires, plus tristes ou des moments où j’aurais vraiment envie d’affection ou de me faire ramasser par l’homme que j’aime et qui m’aime. Ça vient et ça passe. Et les hookups c’est l’fun, mais pas tant. Une fois fini et le dude parti, la situation reste la même.

À quoi bon, donc ?

Je fais les constats suivants : 1) j’ai envie de rencontrer, je suis rendu là, mais 2) dater me déstabilise émotionnellement, 3) beaucoup sinon la majorité des gars rencontrés depuis cet été semblent avoir peur de l’engagement i.e. perdre cette liberté qui leur permet de choisir/flirter/baiser à outrance (et j’en suis), 4) TOUS ont peur d’être blessé donc gardent une distance appréciable entre le cœur et l’objet désiré, ce qui fait que 5) personne n’a envie de faire plus d’efforts qu’il ne faut, parce que de toute façon, statistiquement parlant, et selon l’expérience de plusieurs, c’est un échec annoncé.

Je ne suis pas défaitiste et je crois encore dur comme fer à l’amour at first sight et/ou à force de travail, mais j’essaie aussi d’être réaliste. Je réalise donc que si je veux vraiment entrer en relation avec quelqu’un, au moment où je vous parle, je devrai être patient, travailler sur mes attentes, apprendre à mieux contrôler mes émotions et ramer plus longtemps que prévu. La multiplication des applications de rencontres et des relations jetables fait en sorte que tout le monde reste sur ses gardes et s’investi peu et/ou lentement. Et être sur ses gardes, on va se le dire, ça ne fait pas des enfants forts.

Qui plus est, je prends conscience également qu’on ne peut se permettre d’être aussi intense que l’on est en réalité. Mon intensité a fait fuir tant de belles personnes. Je constatais encore récemment qu’un gars m’avait retiré de son Facebook sans doute à cause de cette intensité. Ce qui me fait dire qu’il y a des limites à vouloir être soi-même, à tout prix. Ça ne fonctionne pas toujours. Faut savoir doser.

Comme d’hab’, je ne sais pas trop si c’est cohérent et ousse que je m’en vais avec tout ça…

Depuis ma dernière retentissante rupture d’il y a deux ans, il y a eu de bons moments seul et accompagné, mais je n’étais pas tout à fait prêt. J’ai donc dû, le plus honnêtement possible, laisser partir de bons partis. Maintenant, reconnaissant beaucoup de mes défauts, de mes erreurs, mais aussi mes qualités boyfriend material, j’ai envie d’essayer quelque chose de sérieux et d’y mettre l’effort. Avec les compromis que ça comporte. Avec le lot de hauts et de bas. Même si je me réjouis joyeusement d’être célibataire chaque fois qu’un couple d’amis se pogne pour des niaiseries.

Tout ce que je demande, c’est de l’honnêteté et du feedback. Tu dates quatre personnes en même temps, fine. Si ça paraît dans ton jeu, que tu gosses par ton manque de disponibilité, que tu répètes les mêmes affaires à tous tes prétendants et que je l’apprends, c’est moins cool, mais sois honnête si je te pose la question et je jugerai si ça me tente de continuer. Et surtout donne du feedback, maudit criss. Rappelle. Text back. Intéresse toi. Propose. C’est plutôt simple.

La Boulotte m’a écrit ceci avant de s’envoler vers les Zeuropes : « Tous les changements, même les plus souhaités, ont tous leur mélancolie car ce que vous quittez, c’est une partie de vous-même. Il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre. » Ça doit venir d’un livre savant qu’elle a dû lire.

Ça me permet de conclure que je suis peut-être rendu là. Après quelques nuit d’insomnie à penser à ce qui ne fonctionne pas, après avoir expérimenté ce qui s’apparente à des petites crises d’angoisse, après avoir conclu que la manière dont je date me rend un peu malheureux, il serait peut-être temps que je pense à ma stabilité émotionnelle. Chu pu jeune jeune. Et si ça passe par être seul plus longtemps, mais plus longtemps heureux, ce sera ça. Le dude qui rendra mon quotidien plus effervescent arrivera bien un jour. Je ne sais pas quand ni comment. Mais je sais que ça arrivera et que je n’aurai pas besoin de travailler pour ça. Surtout, pas angoisser pour ça.

Alea iacta est, espérons-le.

 

Désaccords de Charlottetown

Allo. C’est l’automne. Ça sent les feuilles mortes. Fait plussssse froid. Lulu content. Ça occupe de parler météo. Faque EXIT l’été qui n’a jamais commencé qui ne finissait plus de finir. Ba-baille.

Comme vous savez, je ne cherche pas nécessairement à rencontrer, mais je ne suis jamais fermé. Si je suis dans le bon mood, entouré des bonnes personnes et que je rencontre un dude intéressant, je ne vais certainement pas lui dire non. Genre JAMAIS d’la vie. Parce que j’aime rencontrer, quand c’est l’fun. Je l’admets cependant, ce n’est pas souvent l’fun. Ça finit toujours par tourner au vinaigre pour x y raisons. Lui, moi, Trump, le référendum catalan, Keystone XL, l’ouragan Jose. Tout est une bonne raison pour que ça s’essouffle at some point. Qu’à cela ne tienne, je garde espoir en la race humaine et en ses capacités d’aimer et de recevoir en retour.

Puis, après quelques semaines de réflexion, j’ai décidé de retirer quelques personnes de ma liste « d’amis » Facebook. Je ne l’avais pas fait depuis un certain temps, préférant les ‘hider’ plutôt que de les supprimer. Je trouvais ça moins bébé. Sauf que là, suivant l’attitude étrange et compliquée de certains, j’ai pris sur moi d’élaguer. J’ai donc supprimé du monde qui ont déjà été fins, avec qui j’ai joliment communiqué, qui m’ont déjà fait des avances ou avec qui je suis passé à la casserole et qui, pour aucune raison apparente, ont arrêté d’être fins et on perdu le minimum de savoir vivre nécessaire en société. Donc, nous en conviendrons, ce n’est pas une grosse perte.

Reste que c’est bin plate d’en arriver là.

Si au moins le monde se parlait.

Ajoutez à tout ça spécimen #2 qui m’a relancé régulièrement sans que ça aboutisse, spécimen #3 qui m’a avoué à notre première date fréquenter quelqu’un avec qui ça « ne va nulle part », qui m’a répété à tous vents qu’il voulait ABSOLUMENT me revoir, mais qui n’a juste fait rien et spécimen #4 qui apparaît et disparaît au gré de ses émotions. Du bin bon monde, je vous dis pas.

Malgré les efforts colossaux mis en branle dans mon cerveau pour éviter des débordements émotifs (étonnamment, ça fonctionne assez bien), il n’en demeure pas moins que ce sont des manifestations de rejet sans trop d’équivoque. Du gros rejet sale, maladroit, insensible et parfois (inconsciemment, espérons-le) méchant. Ça me fait réaliser que le monde est pas toujours fin, je trouve. Souvent même. Surtout quand il y a de l’intérêt sincère d’un côté ou l’autre. Pis c’est tellement pas nécessaire.

Le diable est dans les détails.

Spécimen #2 m’a relancé pas plus tard que vendredi vers 14h30 pour me dire qu’il avait envie de me revoir et qu’il avait pensé à moi la veille en jouant avec ses attributs. C’était flatteur, je trouve. Surpris de recevoir un texto de sa part et intéressé à le revoir, j’ai acquiescé à ce qu’on se voit le soir même. Il a conclu (chose rare chez lui) : « Let me sort some stuff out and get back to you« . J’ai rien demandé, tsé. Il propose, j’ai envie, je dis oui. Sans trop attendre, j’ai un peu attendu, puis, vers 18h30, j’ai rejoint des amis pour souper quite à les ditcher plus tard pour le retrouver. Vers 21h30 je reçois : « So. I was waiting for you thinking you were going to say come. Then, I realized you’re waiting for me. I’m sorry. » Mkay. C’est peut-être vrai. Peut-être pas. C’est à la fois gentil et niaiseux. Toujours est-il que j’ai fini par dire : « text me later ». Et depuis, rien. Eeeeeeeerien. Ça commencer à ressembler à un pas pire trou d’cul.

Ça l’air que c’est d’même que ça marche en 2017.

D’ailleurs, spécimen #3, après une semaine de silence, m’a aussi relancé vendredi pour me dire qu’il avait été super occupé, que ce n’était pas une excuse, mais qu’il voulait vraiment VRAIMENT revoir ma handsome face. À ce stade-ci, vous aurez peut-être compris que, ces temps-ci, je date dans le rest of Canada (ROC). Je réponds alors que c’est bien de préciser le tout parce que ce n’est pas toujours super clair. Breeeeeeef, il m’a réitéré son intérêt, répété qu’il voyait quelqu’un, que ça n’allait nulle part, MAIS, fait nouveau, qu’il ne pouvait pas le laisser. Tiens donc. De retour dans la petite poche d’en arrière au cas où ça marche pas avec le premier. T’es intéressant, mais pas autant que l’autre. Pas pour l’instant. Beurk. Sa conclusion : question de timing. Well. Comment dire? Question de choix, je dirais.

Je n’ai rien demandé. À personne. Mis à part faire part de mon intérêt quand il y en a un, je ne leur demande pas de me relancer, de me dire des belles affaires, de me regarder comme si j’étais la plus belle affaire sur Terre, de me faire miroiter de beaux moments en leur compagnie. JE. NE. DEMANDE. RIEN. En fait oui, je demande plus d’honnêteté et moins de niaisage. C’tu possible?

Je finis toujours par me demander si c’est pas moi le problème. Sans doute parfois. Je constate qu’il m’arrive de faire de mauvais choix. Naturellement, je choisis un peu le gars troublé. Et un peu comme tout l’monde, je trouve ça moins attirant, les ceuzes facile d’accès. Considérons que c’est une partie du problème. Mais je persiste à croire que ça existe du monde un peu fucké ET fréquentable. Je crois en être un, doit bin y en avoir d’autre!

Toujours est-il que ça m’a un peu ébranlé, tout ça. Ébranlé au point d’avoir envie d’envoyer un gros FUCK YOU à spéciment #2. Assez pour avoir envie de m’enfermer jusqu’au printemps prochain. Mais finalement, j’ai réussi à canaliser toute la colère générée par ces deux défections. J’ai surtout vidé la question avec mon associée et en déjeunant avec môman. Deux personnes qui sont toujours de bonne écoute et qui ne sont pas systématiquement de mon bord. J’ai décidé de ne rien faire. Ne pas relancer, ne pas invectiver, ne pas faire la morale. Rien. Ils ont leurs raisons, elles sont peut-être bonnes, je ne les connais pas, ni leur vie, ni leurs envies, ni leurs problèmes. Donc, je ne fais rien.

J’ai fait ce que j’avais à faire et j’ai dit ce que j’avais à dire quand ça comptait. Je leur ai dit que je n’avais pas envie de jouer la carte du hard to get. Je ne le suis pas tant que ça. Et ça ne sert à rien de vouloir contrôler l’agenda. Anyway, aussi rusé que je puisse être, c’est impossible. Tout ce que je peux faire, c’est 1) garder une présence tranquille, saine, être cute quand c’est nécessaire et entrer quand les portes s’ouvrent ou 2) m’en aller dans la direction opposée et ouvrir les yeux sur autre chose. Quand un babe disparaît, un autre babe apparaît, qu’on m’a dit.

Faque j’ai fini ça samedi soir après une longue sieste d’automne, calme, joyeux et confiant entouré d’amis de qualité dans une soirée d’anniversaire.

Pis là, samedi, 22h38, spécimen #2 : « Can I take you for brunch tomorrow« . DOUX. JÉSUS. NO. FUCKING. WAY. FUCK. YOU.

(j’y suis allé)
(niaiseuse)

Vole, papillon

Il y a quelques semaines, j’ai été passif-agressif dans un texto. J’écrivais à un gars qui me plaisait et qui, je le croyais à ce moment-là, s’intéressait à moi aussi, minimalement. Je me trouvais comique, mais je savais que c’était border. Rendu là, c’est généralement signe que la personne ou la situation m’importe. Ou me gosse, c’est selon. Mais c’est jamais bon de faire ça. Ça donne rarement un bon résultat. Bref, je l’ai fait quand même. Moitié sérieux, moitié funné.

Ça dit : « Alors que la soumission est perçue comme inacceptable, l’autonomie – son opposé – est source d’anxiété. La personne est donc dans l’impasse : elle ne veut ni se soumettre, ni s’émanciper. Ainsi la résistance indirecte devient la voie de contournement, la moins pire des solutions. ». Intéressant.

Je note.

J’ai établi (scientifiquement pis tute) que pour trouver un dude stimulant, ça en prend 8 qui frenchent mal, qui baisent mal, que t’aurais préféré ne pas ramener chez toi, ne pas rencontrer finalement, qui sont inintéressants, ennuyants, pas drôles, pas mon genre. C’est beaucoup de monde à dater. Beaucoup de moments dull à passer.

Pis l’hiver dernier, j’ai eu le dating en horreur. Je ne datais pas. Je me tenais loin de tout ce qui avait une bite susceptible de bouleverser mon quotidien. Je n’avais pas d’énergie, pas d’intérêt, pas de temps. L’été arrivé, ça s’est amélioré et j’ai recommencé à butiner avec la confiance du conquérant. Et de tous ceux qui sont passés à l’interrogatoire, deux ont vraiment attiré mon attention.

Spécimen #1 : Juin. On s’est vu trois fois. C’était toujours agréable, drôle, sexy pis tute. Le vendredi – tous les vendredis – je cessais d’exister pour lui jusqu’au lundi matin. Genre, zéro nouvelle jamais. Pis notre dernière rencontre était akward. Son textage intempestif au cinéma a sonné une deuxième cloche. Faque je lui ai posé la question : « ça s’en va tu quelque part? ». Non? Fine. Babaille.

Spécimen #2 : Août. On s’est rencontré à Pride, le dernier soir. On s’est frenché, pis refrenché pis refrenché encore. Comme des adolescents. On s’est vu le mardi suivant. Fort agréable. Le lendemain, il passait me voir au café. TOUT ALLAIT BIEN. J’avais l’impression d’être riche. Pis là, il est parti une semaine en voyage, il est revenu, m’a texté, c’était cute, il est reparti, une autre semaine, je l’ai texté, c’était cute, il est revenu et rien. Tout ce maintien en haleine pour fuck all. Faque je l’ai texté, gentil, avec une question qui sous-entendait « c’est le moment d’être honnête ». I have a crazy weekend and week coming. Me semble, oui. Le vin qu’il a laissé à la maison était même pas bon. Fucker.

On rigole, on rigole, mais je suis loin d’être chill avec ces situations. Quand je suis vraiment intéressé et que j’ai des signes probants de l’intérêt de l’autre, je deviens rapidement vulnérable. Je perds le contrôle de mon contrôle habituel et je deviens anxieux. Tout mon corps se met en mode « catastrophe annoncée ». J’ai envie de le revoir, je le dis, je me manifeste, mais on me dit aussi de jouer la game et ne pas rappeler/texter tout de suite, de me faire désirer, de faire l’indépendant i.e. de me crisser de l’autre. Fuis-moi et je te suivrai, suis-moi et je te fuirai. Dicton de MARDE. J’essaie, mais ça fait que je me mets en mode attente. Faque, contrôle perdu, je dors mal, j’ai chaud, j’ai pas faim, je suis incapable de me concentrer sur quoique ce soit, je refresh Instagram au 8 secondes, j’angoisse. Littéralement.

De l’ESTI d’MARDE.

Et là, j’en parle autour de moi. Je vide le sujet. Encore et encore. Sans doute pour essayer de mieux me comprendre moi-même, de trouver des solutions pour que ça ne se reproduise jamais. Les histoires se répètent, seuls les noms des personnages ont été modifiés. Pis tout le monde a son opinion. Sur le gars, la situation, moi. Certains pensent que je tombe amoureux de tout ce qui bouge. Je dirais plutôt que je m’intéresse beaucoup. Quand il y a des papillons d’impliqués, faut les laisser voler. D’autres me calment les nerfs avec raison et doigté. Personne ne comprend mon état. Moi non plus. Je les plains de m’écouter. Je me plains de réagir comme ça.

Pourtant, j’ai de l’expérience en dating (et en couple). Je devrais être capable d’arrêter de capoter pour les fuckers qui ne rappellent pas. Je devrais avoir compris que si c’est pas simple, c’est un big no-no.

Avec tout ça, j’ai aussi récemment réalisé que je suis super bien seul. J’adore passer du temps chez moi, dans mes affaires, regarder Netflix, flâner en bobettes, dormir seul, pêter fort, me réveiller seul, aller au resto seul. J’aime être avec moi-même. Pas d’obligation, pas de non-dit, pas d’incompréhension, pas de chicane. Je fais ce que je veux, quand je veux. BON-HEUR.

Mais présente-moi le 9e gars, beau, grand, intéressant et intéressé (un mégas crush, là), qui me raconte des belles affaires pis qui baise comme un dieu pis je suis tout chamboulé. Je suis prêt à donner, à recevoir, à apprendre à le connaître, à m’ouvrir aux possibilités. Ouvrir mon cœur tranquillement. Me semble que c’est normal. Me semble que c’est un peu ça, rencontrer. Sinon, à quoi bon l’essayer ? Je suis rendu là. Je me sens prêt. Pis là, je me dis que je devrais juste être moi-même. Ce serait le conseil que je donnerais à tout le monde. T’as envie de l’appeler, appelle-le. S’il aime pas ça, c’est que c’est pas le bon. Oser être imparfait et le montrer.

Il y a deux règles FONDAMENTALES : 1 / un gars intéressé rappelle et 2 / c’est supposé être simple. S’il ne rappelle pas et que c’est pas simple, c’est que c’est pas ça.

Écris ça quelque part.

C’est à ce moment précis que je me rappelle les douces rencontres que j’ai eu avec mes exs. La simplicité avec laquelle on s’est mis à marcher dans la même direction. L’intérêt, le respect, l’attention et l’affection qu’on se portait. C’était mutuel, simple et vrai. C’est ça que je veux. Pas rusher pour un sexy inconnu. C’est pas supposé faire mal.

Ça se peut que je sois rapide sur la gachette. Ça se peut. Je suis intense, tsé. On me l’a tellement répété. Mais ça se peut aussi que le gars qui va partager ma vie doive aimer ça. Je n’ai pas envie qu’on m’aime pour ce que je ne suis pas. Je ne jouerai pas de game. Si je suis intéressé, tu vas le savoir. Pis je vais être intense. Pis funné. Si je ne le suis pas, je vais essayer d’être clair. Et je ne serai pas le « back pocket choice » de PARSONNE. Je me dis ça d’même. Je me le répète souvent.

Vole maintenant, petit papillon.

Deux, c’est mieux

Aujourd’hui, ça fait 2 ans.

C’est donc le 8 septembre 2015 que je me lançais dans le vide professionnel, les yeux à demi-fermés, dans une aventure réfléchie, mais tellement incertaine. Avec mon baluchon d’idées, mes parents et mes amis pour m’encourager et me soutenir, j’ai ouvert La brume dans mes lunettes from scratch. Je n’avais jamais fait de café de ma sainte vie avant ce jour béni. C’est dire que c’est toute une victoire personnelle de fêter nos 2 ans.

Certes, ce n’est pas tous les jours facile, je vous en ai maintes fois parlé. J’ai abondamment écrit sur le sujet. J’en ai braillé une shot. J’en ai mal dormi. J’ai même failli claquer la porte (si c’est possible). Je me suis constamment remis en question. On s’est débrouillé pour trouver des solutions quand il n’y en avait juste pas. Je répète souvent qu’on s’est régulièrement retrouvé devant un mur blanc sans défaut ni texture (lisse, lisse, lisse) et qu’on a dû imaginer une suite positive. ESSAYE POUR WOUÈRE ! Ça creuse les méninges en esti. Pourtant, on a toujours fini par y arriver. Et ça s’est fait parfois en grattant les fonds de tiroirs à la maison, au travail et dans les loisirs.

Piiiiiis, on a travaillé fort, comme tout les entrepreneurs en démarrage, mais on a été aussi SUPER chanceux. On est rendu là pour toutes sortes de belles raisons dont les idées, le travail, le service à la clientèle, nos employés magiques, la rencontre de notre entremetteur-traiteur Épicurience qui nous a mis sur la map des grands événements, mais aussi parce qu’on a eu quelques précieux coups de pouce dont tous les articles parus sur différentes plateformes dont La Presse (électronique ET papier) et les 3 minutes et 6 secondes de La petite séduction qui ont à tout jamais changé le cours de notre histoire. On ne saura jamais assez remercier toutes ces belles étoiles filantes mises sur notre chemin.

On a été chanceux, mais on a aussi saisi notre chance.

Aussi, ma partner (pas môman, l’autre), plus terre à terre que moi, m’a forcé à rationaliser. Ma seule exigence était que personne ne s’en rende compte. Faire des économies où c’était possible sans diminuer la qualité. Un tour de force, parfois. Pis elle m’a aussi fait réaliser (avec raison, vous me direz) que les patrons d’une entreprise personnalisée comme la nôtre doivent être présents le plus souvent possible. Ok, mais pas au péril d’une certaine qualité de vie. On n’est pas devenus patrons pour redevenir des esclaves, tsé. Elle a compris. Donc, durant la dernière année, on a négocié l’équilibre et on y arrive tranquillement.

Pis môman m’a entendu chiâler et m’a remis à ma place avec classe au(x) moment(s) opportun(s). Y’a juste une mère qui peut faire ça ❤

Finalement, on s’efforce tous les jours de donner une âme à notre espace. On rit fort (trop parfois), on parle beaucoup (trop parfois), on dit des affaires qu’on ne devrait pas (on travaille là-dessus). Mais au final, le monde qui vient et qui revient, semble apprécier. En tout cas, on sait que ceux qui sont là souvent viennent un peu pour ça. C’est comme s’ils passaient du temps chez des amis. Ou du temps chez eux avec des amis. Enfin, on l’espère. La Brume a été pensée comme ça, en tout cas.

Et là, sans vouloir poisser (jinxer) la suite, en ce 8 septembre 2017, on peut dire qu’on sort enfin (un peu) la tête de l’eau. La partie est loin d’être gagnée, je ne vous le cacherai pas, la restauration est un domaine tellement variable et imprévisible (et l’équipement looooooin d’être fiable), mais on a atteint un certain rythme de croisière agréable et rassurant. Notre clientèle est fidèle et régulière et on a tout plein de nouveaux clients satisfaits qui finissent par revenir. La « machine » est rodée et pourrait presque fonctionner toute seule.

Si ça devait s’arrêter maintenant, je pourrais dire que je suis fier de ce qu’on a réalisé. Malgré les quelques revers et moments difficiles où j’ai eu envie d’accrocher mes patins (ou de les garrocher, c’est selon), je suis content d’être là et de faire ça. Je ne sais pas ce que je ferais d’autre de toute façon. Aussi bien ne pas avoir l’impression de travailler et d’avoir le satisfaisant sentiment de rendre le monde un peu plus heureux, un café à la fois.

L’amour ça fait pleurer

Semaine de la Fierté oblige, quelques coming out sont à l’affiche sur un Facebook près de chez vous.

Je viens d’ailleurs de voir le vidéo d’un youtubeur québécois dans lequel il annonce à ses fans qu’il est gay. À priori, pour ceux qui le connaissent, c’est une non nouvelle puisque tant de gens sont déjà au courant. Mais pour lui, de se mettre à nu devant ses abonnés, après des années de discrétion volontaire, c’était une grosse étape. Parce qu’il y a encore un risque. Un risque de rejet, de moqueries, d’homophobie. Et au moment où il l’a dit, il a pris une pause et ses yeux se sont remplis d’eau. Parce que, pour l’avoir vécu moi-même, avec l’immense ouverture d’esprit, l’accueil et la compréhension dont sait faire preuve ma famille, faire une telle « annonce » vient avec une trolley d’inquiétudes. Ça replonge dans tout le processus de réflexion amorcé souvent très très jeune, à un âge où on ne devrait jamais se sentir à part ou différent. Ça fait remonter à la surface des souvenirs surtout laids. Ça rappelle que c’est encore un obstacle au progrès pour certains et contre-nature pour d’autres. Ça met en lumière le possible rejet, l’abandon des loved ones. Ça rappelle qu’on s’est déjà fait traiter de fifs, qu’on s’est déjà senti féminin ou tomboy pour rien, qu’on s’est fait pointer du doigt pour avoir été fragile ou pas nécessairement à la hauteur de ce qu’un gars ou une fille devrait être.

Maudite hétéronormativité.

Pis ce matin, puisqu’on est dans le thème, j’en ai vu un autre où un jeune américain annonce à sa mère qu’il est gay. Et il pleure de peur, d’angoisse, de désespoir et elle, le cœur gros comme la Terre, lui répète que RIEN au monde ne pourrait l’empêcher de l’aimer tel qu’il est. On sait tous que ça devrait toujours être comme ça.

Reste qu’on a tous eu cette peur d’être rejeté. Par notre famille en premier lieu. Ceux avec qui l’amour devrait être inconditionnel nous apparaît incertain au moment de s’avouer. Viennent après les amis, qu’on espère compréhensifs et assez ouverts d’esprit pour nous accepter au-delà de cette « différence » qui au fond, ne regarde que nous et ne change en rien qui nous sommes. Puis, plus tard, au travail, la peur de perdre son emploi parce qu’on se dit gay ou lesbienne ou queer ou transgenre. Tout ça parce que le/la boss croit dur comme fer que les hommes aiment les femmes et font de bébés, point.

Pourquoi l’amour ça fait pleurer ?

Le youtubeur en question est en couple depuis deux ans. Avec un homme. Ils semblent s’aimer, ils doivent être heureux, leurs amis sont sans doute heureux pour eux, pourquoi cette impression d’avouer quelque chose d’inavouable ? Pourquoi cette peur ? Il me semble qu’avec tout le chemin parcouru, on ne devrait plus avoir peur. Le geste devrait être naturel : « tu en couple ? oui, je te présente mon chum ». Mais non. Comme il existe encore des white supremacists malgré l’horreur nazie, il existe encore des homophobes et autres phobies liées à l’orientation sexuelle.

Être gay au Québec en 2017 et l’avouer au monde entier peut encore sembler être un fardeau pour certains.

Pourtant, on est rendu loin dans la « normalisation » de l’homosexualité au Québec et au Canada. La célèbre phrase de Trudeau père qui faisait voter le projet de loi omnibus modifiant nombre de passages du code criminel en 1969 : « l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation » était le début d’une longue (lente, mais certaine) série d’améliorations pour la communauté LGBTQ2.

Et où on en est aujourd’hui ? À continuer le combat, puisque c’est bien ce dont il s’agit. On se bat pour la liberté de ceux qui ne l’ont pas, contre l’exclusion en tous genres, contre la violence gratuite, contre la haine. Un festival de la Fierté ou Gay Pride ici et ailleurs dans le monde, dans les mégapoles ou dans les petites villes, sont autant de raisons de saluer la diversité et de faire comprendre aux haters qu’on existe et qu’on ne se cachera plus. On s’expose, parfois à outrance, juste pour ça. Parce que la différence EXISTE, que c’est BEAU et INSPIRANT et que tout le monde doit le savoir. On est heureux, on a des jobs, certains fondent des familles, on apporte quelque chose à la société, comme TOUT LE MONDE. Mais surtout, peu importe notre couleur, notre orientation sexuelle, nos choix, nos envies, on est tous HUMAINS.

Hier, au T-Dance du parc des Faubourgs, il y avait de tout. Il y avait même quelques familles hétérosexuelles avec des enfants en bas âge venus fêter la diversité ou simplement profiter de la musique et de l’ambiance. Ces parents-là, peu importe la raison de leur présence, vont faire grandir des enfants avec les yeux grands ouverts sur le monde et le cœur sur la main. Simplement parce qu’ils dansaient tout sourire sous les couleurs du drapeau arc-en-ciel. Et ça, ça ne peut être que le prélude à des jours encore meilleurs.

Un jour peut-être, toi et moi, on ne sera plus différent. Toi et moi, peu importe qui tu aimes, ce sera beau. Un jour peut-être,  les gens comme moi n’auront plus besoin de faire leur coming out et que l’amour ne fera plus pleurer.

 

Love & happiness

J’étais à la piscine récemment. La piscine Fullum, celle où y’a full tapettes. On y va pour prendre du soleil beaucoup, pour se baigner un peu, mais surtout pour zieuter les beaux messieurs qui se pavanent autour de la piscine. Le plus souvent, ils sont dotés de muscles (présents ou en devenir), de beaucoup d’attitude (utile ou inutile) ET d’un maillot fort avantageux (ou pas). C’est bin l’fun. On se fait regarder aussi. Pour se faire juger et/ou désirer et/ou les deux. C’est à la fois grisant et intimidant. Bref, ça coûte juste 5 piastres, on serait fou de s’en passer.

Faque j’ai croisé du monde que je connaissais. J’ai eu une discussion avec un ami sur les couples ouverts. Honnêtement, je ne sais plus trop quoi en penser. Quand j’ai fait mon coming out, l’idée même du couple ouvert m’apparaissait absurde. J’en connaissais quelques-uns pour qui c’était une réalité en apparence fonctionnelle, mais l’ensemble (en apparence toujours) me semblait plutôt fragile. Et la même question me revenait sans cesse en tête: pourquoi (mais genre POURQUOI?!??!) rester en couple, prétendre s’aimer, si on a besoin de sauter la clôture et le voisin aussi souvent ?

Ma question est légitime.

Ce qu’on nous a brainwashé, petits enfants occidentaux, ressemble plus au couple Walt Disney : Cendrillon pis le prince charmant. Euzes, ils se marient, vivent heureux et ont beaucoup d’enfants. Nulle part dans l’histoire ça dit qu’après un certain temps, dans beaucoup de cas, le couple s’accommode, fait des compromis à s’en pêter la tête su’é murs, se tape su’a d’jeule de temps en temps et se désire moins sur ♫ the long and winding road ♫. Dans ma tête de kid émerveillé par les belles affaires jusqu’au début de la trentaine toujours aussi émerveillé par les belles affaires, je pensais dur comme fer qu’une relation monogame, heureuse et passionnée était possible jusqu’à ce que la mort nous sépare. Ça arrive, je nous le souhaite tous, j’en ai croisé quelques-uns qui, de l’extérieur du moins, semblent jouir d’une symbiose déconcertante et d’un amour inconditionnel à faire envie. Ouverts ou pas (je précise).

Maintenant, plus près de la quarantaine (allô), j’entrevois la chose différemment. Je crois que malgré tous les efforts du monde, le couple éternel disparaît tranquillement (j’avais envie d’écrire « n’existe plus » haha). Les enfants, l’hypothèque entrecroisée (si, si), le chalet, le compte conjoint ET l’ouverture du couple m’apparaissent parfois comme des incitatifs pour s’accrocher plus longtemps (ou pour s’obliger plus longuement). Mais c’est peut-être aussi ça, « bâtir » une relation. Ça évolue. TOUT SE TRANSFORME. Ce sont peut-être les étapes « normales » d’un couple « normal ». C’est peut-être moi aussi qui ne comprend rien. Je ne sais pas, JE ME QUESTIONNE (sur tout, tout l’temps, même en dormant, you know). Je constate d’ailleurs que les couples ouverts ET verbaux ne me semblent pas tellement plus heureux que la moyenne. Parfois oui, mais souvent non (mon humble avis). On peut admettre cependant qu’ils doivent jouir d’une plus grande honnêteté entre eux et justement, jouir plus souvent.

Par contre, j’arrive de Provincetown, la gay city, où j’ai croisé un char pis une barge de couples fifs MARIÉS avec ENFANTS. Le même monde qu’on croisait à la plage avec leu’ zenfants, se retrouvaient au Boat Slip pour le 5@7 (19h tapantes, pas une minute de plus), à la A House (jusqu’à 1h du mat’) et au Spiritus (le last call pour le booty call). Un de ceuze-là a même affirmé « we have a nanny 24/7 and it worths every penny« . Fair enough. Pourquoi pas. Genre, de kessé que j’ai à me questionner là-dessus. Z’ont de l’argent, des enfants, sont mariés pis ils ont envie de faire la fête, why not?!

C’est à eux les oreilles.

Me suis fait dire par mes amis plusse vieux que j’étais conservateur dans ma manière de voir le couple. Sans doute parce que je n’ai pas arrêté d’en parler et que visiblement, ça créait un tourbillon de pensées contradictoires. Je sais pas man, moué, mes parents ne faisaient pas la fête jusqu’à la fermeture des bars ET ne flirtaient pas avec des zinconnus rencontrés sur la rue (enfin, je ne le sais pas, mais je suppose que non…MÔMAN?!). Maaaaaaiiiiiis, après avoir mijoté tout ça, peut-être auraient-ils aimé en avoir la possibilité. Peut-être, je dis bien PEUT-ÊTRE, que c’est le secret d’un meilleur bonheur ou d’un bonheur plus sain. Y’a personne à part Dieu-l’imposteur qui a dit oui à la monogamie. C’est toute de sa faute si ça existe. Si tout est fait dans le respect, avec franchise, d’égal à égal, sans cachette, que chacun y trouve son compte, ok, je me dis.

Tout est dans ma balance pis je suis pas mal ouvert à tout. Je sais que certaines situations vécues par le passé au sein de certaines de mes idylles ne me rendaient pas confortable. Est-ce que c’était moi, mes valeurs, mon manque de confiance en moi, l’autre, son comportement, mon niveau de confiance en lui et/ou en ses sentiments? Tout est une question de perception et de perspective je crois bien. Il y a matière à travail.

J’écris pour écrire, mais tout ce qui précède ne signifie pas que le couple ouvert sera plus éternel que celui qu’on connaît plus formel, mais peut-être qu’il se donnera le plus de chance possible de l’être.

On jase, là.

L’effort de la liberté

Allo. Ça fait un bout de temps. J’ai convenu avec moi-même de ralentir les écrits pour éviter de me répéter. Parce que tsé, ma vie depuis La Brume, ça rime pas mal toujours au même. Cela étant, j’ai eu quelques réflexions récemment dont j’avais envie de vous faire part. En voici une (autre).

Dimanche dernier, je suis allé bruncher avec un type devenu ami que j’ai connu au café. Un chic type qui traverse une passe vraiment pas facile. J’ai failli annulé, comme je l’ai fait si souvent récemment. Avec lui, avec d’autres, avec pas mal de monde. Ça ne me tentait pas. De quoi, c’est pas toujours clair, mais j’avais plus ou moins envie de parler pour parler. Mais j’ai pas annulé et j’y suis allé. Ça m’a fait du bien.

C’est un détail vous me direz, mais pour en avoir discuté avec ma partner, on a un peu l’impression d’être négatifs quand on voit du monde. Faque on annule pis on se cache dans nos maisons. En fait, on l’est un peu sans le vouloir, parce qu’on parle souvent de ce qui se passe au quotidien et ça revient un peu toujours à faire revivre les quelques frustrations qui vont et viennent. On a du fun tout plein, on aime ce qu’on fait, on ne ferait rien d’autre (en tout cas, pas en ce moment), mais ce qui ressort régulièrement ce sont les trucs qui gossent comme l’argent, la gestion du personnel et l’équipement qui pète (bis). Et voir du monde, à l’extérieur de notre sphère un peu trop étanche, ça signifie parler de notre job au moins un peu. Donc d’être possiblement négatifs.

J’ai pas envie d’être négatif.

Donc, dans les derniers mois, j’ai refusé / annulé tout plein de rendez-vous avec des amis proches et moins proches surtout dans l’expectative de devoir répondre à la câlice de question « comment ça va au café? ». C’est fin, ça veut dire qu’ils s’intéressent, que ça leur importe, mais ça m’oblige à parler de la seule chose qui occupe ma vie et dont je n’ai pas vraiment envie de parler parce que j’en parle tout l’temps : MA JOB. En plus, j’ai beau expliquer le pourquoi du comment, la majorité des gens ne peuvent qu’imaginer la marde dans laquelle on patauge parfois. Pis je dois don’ avoir l’air exagéré (je le suis, tiens toi le pour dit). Bref, je n’ai plus de repères professionnels avec les amis comme j’en avais avant. Ça reste que ça isole un peu, l’entreprenariat : horaires atypiques, manque de moyens financiers pour suivre le groupe dans ses aventures, redondance des sujets de conversation, problèmes vécus au quotidien difficiles à cerner, petites victoires difficiles à mesurer.

Je vends toujours bin yinke du criss de café.

Par contre, si on se croise dans un bar, sur la rue, au repos ou dans les loisirs (♬♪ une Mars aide à vous soutenir ♪♬), ça se peut que j’en parle, mais ça viendra naturellement. Je n’aurai pas cette pression du tête-à-tête-parle-moi-de-toi-ça-fait-longtemps-qu’on-s’est-vu. Et cette fâcheuse impression de lourdeur.

C’est l’idée de « devoir » en parler qui m’effraie. Ça peut paraître niaiseux parce qu’on sait tous que je finis toujours par en parler, mais c’est pas pareil. C’est moi qui « décide ». Pis généralement, j’essaie de ne pas le faire trop longtemps parce que je sais que radote.

Je sais que je vais finir par revenir à la raison. Peut-être pas tout de suite et peut-être pas avec tout ceux que j’ai un peu malgré moi repoussés / négligés, mais au moins avec certains d’entre eux. Un tinami à la fois. J’ai envie de ne plus être pris dans ma tête d’entrepreneur pauvre, angoissé et fatigué. Avant tout ça, j’avais un horaire de premier ministre. J’allais et venais dans toutes sortes de soirées. J’entassais le monde autour de ma table pour faire la fête. Là, sans revenir à ce brouhaha parfois étourdissant de jadis, j’ai envie de voir un peu plus de monde, du beau et bon monde, du monde souriant pis de les entendre me raconter leurs affaires drôles pas drôles. Pis en rencontrer du nouveau. Un peu. Juste pour dire que je tourne pas trop autour de mon pot.

Je les aime tous ces gens dont je refuse les invitations. Je les aime d’amour souvent. Je ne suis juste pas encore tout à fait prêt. Le temps et les circonstances nous ont un peu beaucoup éloigné et je ne feel pas encore l’idée du catch up. Parce que se revoir après autant de temps équivaut à récapituler le temps passé. Pis ça me tente moyen. J’ai aussi espoir que beaucoup de ses « retrouvailles » se feront un peu par hasard, ici et là.

Ça s’rait l’fun.

En ce moment, c’est souvent plus simple de niaiser sur mon sofa devant un épisode ô combien exagéré et pas crédible de Homeland, mais je me promets d’accepter une petite invitation par-ci, par-là. Même si à priori, sur le coup, je risque de ne pas en avoir envie. CHANGE D’AIR, ESTI.

Je sais que tout ce que j’ai à faire, c’est de répéter l’expérience de dimanche dernier : faire un effort. Parce qu’à force de ne pas en faire, on finit par ne plus en faire du tout. Et que comme dirait l’autre : « l’effort librement consenti rend libre ».

YOLO.

 

De fil en aiguille

Encore une histoire de job. Une triste, un peu.

Notre voisine de commerce, Michelle, vient de nous annoncer qu’elle jetait l’éponge. Après cinq années d’espoir, d’idées, de sacrifices, d’énormément de travail, elle a décidé de fermer boutique. For good, qu’elle dit. Elle semblait sereine. Elle était d’un calme olympien quand elle nous l’a annoncé. Souriante pis tute. Sa décision a été réfléchie, murie, retournée dans tous les sens. Parce que mettre un terme à un rêve tenu à bout de bras pendant aussi longtemps, ça demande BEAUCOUP de réflexion. Et de temps.

Je ne le répèterai jamais assez : être entrepreneur, c’est ultra valorisant, c’est grisant même, mais c’est aussi super duper insécurisant. À moins d’avoir choisi un domaine automatiquement rentable. Et encore. On a une cliente avocate qui, après deux ans de pratique, mange encore ses bas (c’est presque littéral). Une entreprise, ça reste toujours insécurisant à certains égards. Les comptes n’arrêtent jamais de remplir la boite à lettres. C’est la même chose qu’à la maison avec des montants multipliés par 10. Quand ça va bien, tu bûches pour que ça continue pis quand ça va mal, tu bûches pour que ça change. Esti.

Ce sont les maudits sacrifices qui n’en finissent plus qui gossent. Et la solitude. D’ailleurs, elle nous a dit que c’est ce qu’elle avait trouvé le plus difficile ces cinq dernières années. Les sacrifices et la solitude. Se retrouver seule dans sa boutique. 60% du temps. Et le fait de ne pas être capable de se payer un minimum et de profiter un tant soit peu de la vie. Elle a, fort heureusement, une copine adorable et moralement solide qui la supporte à fond depuis le début. Comme un phare qui la guide la nuit. Mais un man’né, ça ne suffit plus. Vient un temps où l’entrepreneur dévoué a besoin, comme tout le monde, d’un peu de récompense. Et quand la récompense ne vient jamais, le sourire des clients ne donne plus assez de gaz pour continuer.

On en a souvent parlé elle et moi. Sur le trottoir. Dans sa boutique. Dans notre « backstore ». Sous un soleil de plomb ou sous la pluie. Toujours avec le même degré de compréhension et d’ouverture. De l’affection même. C’est comme une collègue de travail, au fond. Pas le même domaine, mais les mêmes issues. On s’est souvent dit qu’on avait un deadline. Le mien est plus loin que le sien, évidemment, mais elle avait déjà quelques années et des poussières derrière la cravate. Chaque fois, je lui disais : « Tu pourras toujours dire que t’es allée au bout de ton idée. Tu l’as fait pis t’as tout donné. » Comme chaque entrepreneur.

Quand on nous parle de notre commerce, on nous dit souvent : « ça va bin vos affaires, c’est toujours plein! ». Et je réponds souvent qu’on est chanceux. Parce que derrière chaque entreprise, il y a évidemment beaucoup de travail et de décisions – bonnes ou mauvaises – mais il y a aussi beaucoup beaucoup de chance. Parce que chaque idée a le potentiel de fleurir. Ça dépend souvent juste du terreau. Parfois, la terre est pas fertile. T’as beau arroser, y’a rien qui va pousser.

Ce qui m’a le plus secoué de sa nouvelle, c’est la réaction de ma partner. Elle pleurait. Parce qu’on perd une voisine exceptionnelle, une fellow entrepreneure devenue amie. Pis parce qu’elle a réalisé que no matter what, c’est pas toujours toi qui décide de la finalité de ton aventure. Oui, mais non. Les circonstances le font souvent beaucoup à ta place. La réalité te rattrape et te fouette. Ça m’a bouleversé de la voir comme ça. Parce tous les jours tu pries l’Univers pour que ça finisse par rouler rondement. Mais pour certains, comme pour Michelle, malgré tous les efforts et toutes les incantations, de fil en aiguille, ça ne fonctionne pas.

Meh.

Good luck, gorgeous! You’ve done your best. You are the best. Take that well-deserved break and ENJOY life. You know, the one with money 😉

De la fonte et des hommes

Récemment, suite à quelques séances de gonflette dans un environnement hostile et douchebags oriented, j’ai eu envie d’exprimer haut et fort mes recommandations pour le gars-qui-passe-sa-vie-au-gym, le gym queen par excellence qui s’entraîne fort avant les vacances, celui un peu trop bruyant et vocal, celui qui veut qu’on sache qu’il existe et qu’il force pour la peine, celui que tout le monde a déjà croisé ici et là, au gré des poids.

En cette ère d’individualisme chronique, ode à toi, douchebag de fond de gym.

[1] Si t’es pas capable de retenir la colonne de poids de ta machine à la fin de ton exercice c’est peut-être que c’est trop lourd pour toi. En fait, c’est clairement trop lourd pour toi. Tu sais qu’un exercice bien réalisé est généralement contrôlé du début à la fin, oui? Si t’as mis le bon poids pour toi, évidemment. Pis les guides sur lesquels glissent les plaques de fonte sont un peu faits pour ne pas que tu les garoches dans tous les sens. C’est logique, il me semble. Donc, le bruit du métal qui claque quand tu les laisses nonchalamment tomber comme s’il n’y avait pas de lendemain fait sursauter tout l’monde et ça me rend généreusement agressif. C’est désagréable. C’est plate que tu ne t’en rendes pas compte et que tu continues, inlassablement. Pis tsé, c’est pas parce que tu fais beaucoup de bruit au gym que ça va te donner plus de muscles. C’est pas une cause à effet. Pis ton air suffisant suite à ton crime (oui, c’est un crime) te donne juste l’air un peu plus con. Tu comprends, dis?

[2] Tu n’es pas dans ton salon, chez tes chums ou dans un bar. Toué avec tes gym queens de bums, tu parles fort, tu ris fort, et tu le fais souvent d’un bout à l’autre de la pièce comme s’il n’y avait personne. Tu déranges tout l’monde et ce que tu dis est pas intéressant pour personne. Pas du tout, en fait. T’es même pas drôle. Et c’est pas parce que tu ris ridiculement fort que ça le devient. BAISSE LE TON.

[3] Prendre trois serviettes pour réserver trois machines et/ou bancs simultanément pendant tu fais TON programme est l’antithèse du partage et de la vie en communauté. Faire de l’attitude parce qu’un confrère outrepasse ton planning de marde rend ton comportement un brin plus ridicule. C’est toi qui es dans le tort, sache-le. Offre gentiment de partager l’espace-qui-appartient-à-tout-le-monde pis tute va bien aller. Si au moins il y avait chez toi l’ombre d’un changement corporel depuis le temps que tu gosses – tu dois être là TOUS les fucking jours – ça pourrait être un peu (je dis bien UN PEU) acceptable. Mais non, tu ne changes pas, ce ne l’est donc pas.

[4] Une ceinture lombaire aide à la performance, à réduire la tension sur la colonne vertébrale et à améliorer les mouvements pour ceux qui lèvent BEAUCOUP de poids. Ceux qui s’adonnent à l’haltérophilie, en l’occurence, pas à la gonflette d’apparat comme toi. À la quantité de poids que tu NE mets PAS sur ta barre, elle n’est peut-être pas nécessaire. À moins que tu ne souhaites que l’on constate ton égo démesuré. Tu connais le complexe de Napoléon? Va lire là-dessus, c’est intéressant. À voir ta shape qui ne change pas d’un iota, toi qui s’entraînes jour après jour, c’est d’un entraîneur dont t’as besoin, pas d’une ceinture lombaire. Pis si t’as des problèmes de dos, un physio pourrait t’être vraiment utile. Une pause de gym aussi.

[5] Apprends à communiquer avec des mots et des phrases complètes. Si je te pose une question simple comme « est-ce qu’on peut alterner? », tu peux répondre simplement sans me dévisager ou me donner l’impression que j’ai tué ta mère. Tu peux dire « oui » ou « non » dans la langue de ton choix. Ça demeure une réponse acceptable, même sans verbe et complément. Un grognement n’est pas une phrase et un air bête n’est pas une réponse. Aussi, ENLÈVE tes écouteurs quand quelqu’un te parle au lieu de faire répéter trois fois et de faire passer ton interlocuteur pour l’idiot du village. L’idiot de la planète, c’est toi et t’es pas poli.

[6] Faire douze séries sur la même machine, à l’heure de pointe, c’est pas super. J’ai envie de l’utiliser moi aussi. Raisonnablement. Un peu. Pour un programme NORMAL. Oui, j’ai vu, il y en a deux autres similaires plus loin, mais c’est « la tienne » que je veux. Je l’aime, elle. Si tu veux, toi et tes interminables séries de programme-pas-de-bon-sens, monopolise-les, les autres machines. Pendant que tu gosses là-bas, moi pis mes amis-qui-poussent-de-la-fonte-en-commaunauté-de-partage, on va pouvoir continuer notre entraînement et faire autre chose de notre vie rapidement.

[7] Change d’air, esti. T’as l’air bête et ridiculement au-dessus de tes affaires. T’es au gym, pas en commission parlementaire. Ton air de bœuf ne te rend pas plus viril. T’as juste l’air suffisant et c’est pas une qualité.

[8] Tu ne paies pas plus cher que moi, on est sur le même pied d’égalité, BEHAVE.

[9] Je veux PAS être ton ami, ok?

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À bien y penser, les points 1, 2, 3, 5, 7 et 8 peuvent aussi s’appliquer aux usagers de la STM. Avec légère modification.